Les plans de relance: une esbroufe environnementale ?

Le 15 septembre 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Jean Castex peut mieux faire estime l'OCDE.
Jean Castex peut mieux faire estime l'OCDE.
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Une note de l’OCDE relativise très fortement le verdissement des économies apporté par les plans de relance post-Covid.

En pleine reprise, la pandémie de Covid-19 apporte déjà de nombreux enseignements sociétaux. Le recul de l’activité économique mondiale a réduit sensiblement les émissions anthropiques de CO2 (probablement de 8% entre 2019 et 2020), assainit significativement la qualité de l’air dans de très nombreuses zones urbaines, amélioré la qualité de l’eau de cours d’eau et de zones côtières. Autant d’éléments majeurs dans la gestion d’une épidémie.

De l’air et de l’eau plus sains, une gestion efficace des déchets et un renforcement de la biodiversité réduisent la vulnérabilité des populations à la maladie. Le lien entre la capacité de diffusion du coronavirus et la qualité de l’air est établi. Ce fameux virus se plaît aussi beaucoup dans les eaux usées. Rien de nouveau dans ces quelques lignes pour le lecteur du JDLE.

la vertitude des plans de relance

Reste à savoir si les rédacteurs des plans de relance ont intégré ces fondamentaux. L’organisation de coopération et de développement économique (OCDE) s’est livré à ce fastidieux travail: évaluer la «vertitude» de France Relance et des autres coups de pouce à l'économie. Dans une note publiée le 14 septembre, le club des pays riche rappelle qu’en «intégrant l’environnement et l’inclusivité dans leurs plans de relance, les gouvernements seraient donc gagnants sur tous les fronts: ils pourraient se rapprocher plus rapidement de leurs objectifs environnementaux, stimuler l’activité économique à court terme et réduire les inégalités.» L’ont-ils fait seulement ?

Officiellement, oui. Une trentaine de pays développés ou en développement ont intégré l’économie verte dans leur stratégie de relance, concède l’OCDE. Sera-ce efficace? On peut en douter. La plupart des mesures identifiées par les économistes basés à Paris sont des aides publiques aux transports «vert» (notamment le développement du vélo), à l’économie circulaire et aux énergies renouvelables. On trouve aussi des soutiens aux ménages pour isoler leurs logements, ainsi que des financements pour restaurer des écosystèmes dégradés. Pas si mal. Mais très insuffisant.

assouplissements réglementaires

Dans le même temps, un nombre à peu près égal de pays ont «assoupli» leur réglementation pour pouvoir rejeter plus de polluants industriels et urbains dans l’eau, dans l’air, supprimer les taxes environnementales. On a aussi sauvé des secteurs, comme les transports aérien et routier, dont le développement est climaticide. Très durement touchés par la crise, les producteurs d’énergies fossiles n’ont pas été oubliés. L’institut international du développement durable rappelle que 47% de l’aide publique à l’énergie distribuée par les gouvernements des pays du G20 tombent dans l’escarcelle des producteurs de charbon et d’hydrocarbures, contre 39% pour les développeurs d’énergies renouvelables. Production et consommation de pétrole et de gaz bénéficient toujours de près de 600 milliards de dollars de subvention chaque année. Une distorsion à la libre concurrence entre les énergies que personne n’a remis en question en rédigeant les plans de relance.

Probablement inscrite dans la durée, la pandémie de Covid-19 nous permet de remodeler nos modèles de développement de façon à les rendre plus résilients et plus durables. Cette chirurgie lourde sera plus facile à engager dans le contexte actuel: «une période de prix du pétrole relativement bas est l’occasion idéale de poursuivre les efforts en faveur de l’introduction de la tarification du carbone ou de son renforcement», souligne l’OCDE. «Il conviendra également de s’attaquer aux effets répartitifs d’autres instruments de tarification, tels ceux mis en place pour décourager l’utilisation de véhicules et la consommation de carburant.»

Ce n’est pas tout. L’institution basée à Paris appelle les pays tirant l’essentiel de leurs revenus de l’extraction des ressources naturelles à se diversifier. Un conseil qui vaut aussi pour les exportateurs de minerais (Chili, Congo) ou d’hydrocarbures (pays du golfe arabo-persique, Russie).

les méfaits de l'agro-industrie

Contrairement aux négociateurs du futur de la biodiversité, l’OCDE n’oublie pas les effets désastreux sur l’environnement, les écosystèmes et le climat d’une agriculture industrialisée. Elle appelle que seules 7% des subventions mondiales à l’agriculture sont utilisées pour développer des modèles agricoles résilients et innovants. Plus grave, sur les 356 milliards de dollars d’aide en faveur de agriculteurs industriels, 345 milliards «ont un effet contre-productif sur l’amélioration de la viabilité du secteur.»

Pour sortir de cet engrenage, l’OCDE propose d'accélérer et de renforcement le verdissement des plans. Et de placer l’argent là où il est nécessaire. Si possible dans la durée. Les thématiques à favoriser sont connues: énergies renouvelables (40 millions d’emplois à créer d’ici à 2050), efficacité énergétique (dans l’immobilier notamment), agriculture durable, restauration des milieux naturels dégradés.

Ces secteurs résilients, améliorant la qualité de l’environnement et de la santé auront besoin d’argent et de compétences pour se développer. «L’investissement dans la formation et l’accès aux compétences devraient faire partie intégrante des plans de relance», soulignent les rédacteurs du rapport. L’échec des plans passés français de rénovation thermique de l’habitat est en partie imputable au manque de formation (initiale et continue) des professionnels du bâtiment.

réorienter la finance

Plus d’argent, ce n’est pas forcément (surtout à l’OCDE !) plus d’argent public. L’organisation internationale appelle surtout à réorienter les flux de la finance privée vers l’économie verte. Par exemple, en imposant à la «finance» d’incorporer le risques climatique et biodiversité à leur stratégie. Cela passe nécessairement par des évolutions réglementaires, mais aussi par une généralisation de la taxonomie. Pas inutile non plus d’améliorer les outils permettant d’évaluer la qualité environnementale ou sociale des projets en quête de financement. L’OCDE plaide à cet égard pour un renforcement des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Utile, car selon une étude à paraître, ce n’est pas parce qu’il se targue de bonnes notes ESG qu’un projet va réduire nos émissions de CO2. Un détail.

Décidément très désagréables, les rapporteurs rappellent que la mise en œuvre des plans de relance est rarement évaluée. Peu importe que ce soit vraiment utile, l’important c'est de faire, pourrait-on traduire. Aussi, l’OCDE propose-t-elle une batterie d’indicateurs d’évaluation. Une bonne façon de savoir si le verdissement annoncé de nos économies produit suffisamment de chlorophylles pour nous permettre de respirer. Dans le lot, citons l’intensité carbone du PIB, la part de renouvelables dans le bouquet énergétique, le changement de couverture des sols, la tarification des émissions de carbone, les instruments économiques en faveur de la biodiversité ou l’exposition des populations aux pollutions de l’air.

Vérifier que la construction du monde d’après contribue effectivement à améliorer le monde d’aujourd’hui, c’est aussi cela réconcilier l’économie, l’écologie et la santé publique.