Les micro-plastiques affectent le développement des jeunes poissons

Le 04 mai 2020 par Stéphanie Senet
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Les chercheurs ont étudié l'impact sur le medaka marin de polluants véhiculés par les micro-plastiques
Les chercheurs ont étudié l'impact sur le medaka marin de polluants véhiculés par les micro-plastiques

Des chercheurs de l’Ifremer et de l’Université de Bordeaux ont mis en évidence l’impact des polluants véhiculés par des micro-plastiques sur le développement de jeunes larves d’un poisson, le medaka marin. La durée d’exposition est un facteur critique.

Le danger des micro-plastiques ne se limite pas, pour la faune marine, aux effets physiques liés à leur ingestion. Ils exposent aussi les espèces à des substances chimiques qui perturbent l’éclosion des larves, leur croissance et leur comportement, selon une étude publiée le 30 avril dans le Marine Pollution Bulletin, dans le cadre du projet transnational JPI Ocean Ephemare.

12 jours d’exposition

«A la différence de notre étude précédente, qui ne montrait pas d’effet toxique sur les embryons et les larves du poisson zèbre, présent en eau douce, cette fois-ci nous avons observé des anomalies au bout de 12 jours d’exposition des œufs de medaka marin (Oryzias melastigma)», explique au JDLE Marie-Laure Bégout, chercheuse en physiologie à l’Ifremer. Sans doute à cause de la durée d’exposition aux substances chimiques, trois fois plus longue que pour le poisson zèbre (4 jours).

Anomalies même à faible dose

Les chercheurs de l’Ifremer et des universités de Bordeaux, Örebro (Suède) et Vigo (Espagne) se sont focalisés sur trois substances chimiques qui sont des perturbateurs endocriniens. «Les tests en laboratoire, utilisant des micro-particules de polyéthylène, ont montré que le benzo(a)pyrène ou BaP avait un impact sur la longueur des larves et provoquait des anomalies de développement à faible et à forte dose», note Marie-Laure Bégout. Très répandue, cette substance cancérogène se retrouve dans les fumées résultant de la combustion de matière organique dont les hydrocarbures.

Le même résultat a été observé lors de l’exposition des œufs à l’oxybenzone, utilisé comme filtre UV dans les crèmes solaires par exemple. En plus, les chercheurs ont observé des différences importantes de comportement, les animaux exposés nageant beaucoup plus que les autres.

Moins de larves écloses

Quant à l’acide perfluorooctanesulfonique (PFOS), utilisé pour imperméabiliser les tissus et le mobilier et lutter contre les feux de forêt (il transforme l’eau en micelles et retarde l’évaporation), il a surtout provoqué des perturbations lors de l’éclosion, en réduisant fortement le nombre de larves.

«Nous avons mis en évidence que la durée d’exposition était un point critique quant à l’analyse des effets des micro-plastiques sur une espèce marine. C’est pourquoi nous recommandons une exposition plus longue lors des tests d’évaluation des risques écotoxicologiques des plastiques», conclut la chercheuse de l’Ifremer. Aujourd’hui, le test homologué au niveau de l’UE pour évaluer la toxicité d’une substance chimique sur un poisson –OCDE TG 236- ne prévoit qu’une exposition de 4 jours.