Les lombrics gorgés de pesticides

Le 29 octobre 2020 par Romain Loury
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L'imidaclopride chez 79% des lombrics
L'imidaclopride chez 79% des lombrics
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Les vers de terre sont fortement imprégnés de pesticides dans les zones agricoles qu’ils fréquentent, révèle une étude française publiée dans la revue Agriculture, Ecosystems and Environment. Néonicotinoïde en passe d’être réautorisé pour la culture de betteraves, l’imidaclopride figure parmi les plus abondants.

Si les données de contamination des eaux par les pesticides sont communes, celles relatives à l’imprégnation des sols sont rares, de même que celles ayant trait aux espèces sauvages non ciblées par ces produits. Les dégâts pourraient toutefois être importants, comme le révèle l’étude publiée par Céline Pelosi, de l’unité mixte de recherche EMMAH (Environnement méditerranéen et modélisation des agrohydrosystèmes, Inrae, Avignon), et ses collègues.

L’équipe a recherché la présence de 31 pesticides communs dans 180 échantillons de sols (cultures agricoles, haies, prairies), ainsi que chez 155 vers de terre recueillis dans la zone-atelier Plaine et Val de Sèvre (Deux-Sèvres) du CNRS. Bilan: les pesticides sont omniprésents, dans 100% des échantillons de sols et chez 92% des lombrics.

Des pesticides omniprésents

Pour les sols, 83% des échantillons présentaient cinq des 31 pesticides analysés ou plus, et 38% plus de 10 pesticides. Parmi les substances les plus fréquemment retrouvées, l’herbicide diflufenican (90%), l’insecticide imidaclopride (89%), les fongicides boscalid (85%) et époxiconazole (79 %). S’ils étaient plus fréquents dans les parcelles cultivés en conventionnel, ils étaient aussi retrouvés dans celles en bio, dont 83% des échantillons contenaient au moins trois pesticides, et 73% de l’imidaclopride.

Cette imprégnation généralisée pourrait avoir des effets très marqués sur la microfaune des sols. En particulier les vers de terre, cruciaux pour la santé des sols: retrouvé chez 79% des vers de terre, l’imidaclopride y présente les quantités les plus élevées, supérieures à 100 nanogrammes par gramme pour 43% d’entre eux. Ceux vivant dans les zones non traitées sont aussi touchés, bien qu’à un moindre niveau.

Pire, 46% de l’ensemble des échantillons de sol présentent un risque toxicologique chronique jugé élevé pour la faune du sol, du fait des mélanges de pesticides qui y sont retrouvés. Là aussi, les parcelles bio ne sont guère épargnées: 43% des échantillons présentent un risque toxicologique élevé pour les lombrics.