Les incendies, possible risque infectieux

Le 18 décembre 2020 par Romain Loury
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L'Australie ravagée par les incendies (2019-20)
L'Australie ravagée par les incendies (2019-20)
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Les fumées issues des incendies forestiers pourraient, outre leurs effets respiratoires et cardiovasculaires, engendrer des maladies infectieuses, selon un article publié jeudi 17 décembre dans la revue Science. Elles sont en effet porteuses de nombreux micro-organismes issus du sol, dont des bactéries et des champignons, parfois présents en grande quantité.

Que ce soit au Brésil, en Australie ou à l’ouest des Etats-Unis, la population humaine est de plus en plus exposée aux fumées d’incendies. Ce risque n’est pas près de s’atténuer: selon des travaux publiés en 2014, les émissions liées aux mégafeux californiens, désormais annuels, pourraient croître entre 19% et 101% d’ici à 2100, selon le scénario climatique.

Chargés en particules fines, ces nuages de fumées engendrent avant tout des risques pulmonaires et cardiovasculaires, mais pas seulement. Dans un article publié dans Science, Lena Kobziar et George Thompson, respectivement de l’université d’Idaho (Moscow) et de l’université de Californie (Davis) évoquent un possible risque infectieux, à ce jour peu étudié.

Il n’en est pas moins reconnu: aux Etats-Unis, les Centres de prévention et de contrôle des maladies (CDC) estiment ainsi que les pompiers constituent une profession à risque de développer une coccidioïdomycose, maladie due à un champignon présent dans les sols du sud-ouest du pays. D’autres travaux ont mis en évidence une corrélation entre la survenue d’incendies en Californie et l’incidence de maladies fongiques, dont la coccidioïdomycose et l’aspergillose.

Des micro-organismes tenaces

Outre les champignons, les bactéries sont tout à fait capables de survivre aux températures élevées émanant des incendies. Une fois aérosolisées, elles peuvent s’associer avec des particules fines, qui les protègent des rayons ultraviolets, tandis que la vapeur d’eau des incendies les prémunit de la déshydratation.

La teneur de micro-organismes dans les fumées d’incendies peut dès lors être très élevée: selon une récente étude américaine, elle s’élèverait en moyenne à 67.000 cellules par mètre cube d’air, soit cinq fois plus que la concentration hors-incendie.

Selon les auteurs de l’article, «il est important que les sciences atmosphériques et la santé publique étendent leur champ d’étude au rôle cargo que ces fumées peuvent engendrer vis-à-vis des micro-organismes. D’autant que les cieux enfumés deviendront très probablement, à l’avenir, une norme saisonnière».