Les forêts baltes éreintées par la demande de biomasse

Le 15 janvier 2021 par Romain Loury
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Sous l'énergie verte, une biodiversité en péril
Sous l'énergie verte, une biodiversité en péril
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Conséquence de la demande croissante en bois énergie, la pression s’accroît sur les forêts baltes. Au détriment des impératifs climatiques et de protection de la biodiversité, dénoncent des ONG estoniennes et lettonnes.

Importants producteurs de granulés de bois, les forêts baltes alimentent les besoins en biomasse énergie de plusieurs pays européens, en particulier les Pays-Bas, le Danemark et le Royaume-Uni. Qualifiée de verte, du fait de la repousse végétale, cette source d’énergie a pourtant des effets très indésirables sur les milieux naturels lorsqu’elle est pratiquée de manière peu durable.

Dans un rapport commun publié en décembre, le Fonds estonien pour la nature et la Société ornithologique lettonne s’inquiètent de l’explosion de cette production, qui réduit la forêt à une simple usine à bois. Ainsi, en Estonie, 12,7 millions de m3 de bois ont été récoltés en 2017[1], contre 4,6 Mm3 en 2008.

Les sites Natura 2000 pas épargnés

Or les forêts estoniennes sont peu protégées face à l’appétit croissant des tronçonneurs: 86,4% d’entre elles, y compris dans des sites Natura 2000, sont exploitées pour la production de bois, tandis que seules 7% sont protégées et 6,6% font l’objet de restrictions partielles d’exploitation. En Lettonie, les coupes claires sont la norme (elles sont pratiquées pour 80% de la production), les abattages sélectifs l’exception.

Selon les associations, ces pratiques intensives, menées sous l’alibi d’une énergie verte, pourraient avoir des effets désastreux sur l’environnement. Notamment sur la biodiversité, déjà bien mise à mal: en Lettonie, les populations de tétras lyres se sont ainsi effondrées de 79% entre 2005 et 2018.

De plus, des évaluations officielles estoniennes suggèrent que, au rythme actuel, l’absorption de carbone par les écosystèmes terrestres du pays pourrait diminuer de 50% au cours des prochaines années. En 2034, ces milieux pourraient même devenir source de carbone, au lieu d’un puits.

La question de la filière bois fera, au cours des prochains mois, l’objet d’une stratégie forestière européenne. Les eurodéputés écologistes craignent qu’elle accorde une grande place aux impératifs économiques, au détriment de l’intérêt, pour le climat et la biodiversité, d’une gestion durable des forêts.



[1] Par comparaison, les forestiers français produisent 35 Mm3 de bois par an.