Les énergies marines françaises refont surface

Le 30 juin 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Au commencement sont les jackets.
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VLDT

Avec le lancement de la construction des premiers parcs éolien posés, l’expérimentation du flottant et le retour de l’hydrolien, les énergies marines françaises de nouveau le bout de leurs pales. Avant d’investir massivement, les industriels aimeraient quelques garanties de l’Etat sur l’après 2023.

Les recours juridiques et les renégociations tarifaires auront entravé la mise à l’eau des premières éoliennes marines françaises. L’arrêt de la production des hydroliennes leur avait donné de la bande. Et pourtant, les énergies marines tricolores sont toujours là. Mieux, elles refont surface.

Entre les lancements effectifs de la construction des premiers parcs éoliens marins et l’attribution du parc de Dunkerque (600 MW), ce sont désormais 3,5 GW de capacité éolienne marine qui sont aujourd’hui en développement. Les machines livreront leurs premiers MWh dès 2021.

Présentée comme l’une des technologies marines d’avenir, l’éolien flottant amorce son développement, avec l’attribution, l’an passé, de 4 projets pilotes (Groix-Belle-Île, Provence Grand Large, Eolmed et Golfe du Lion). Une telle accélération a dopé la confiance des industriels. L’an passé, note Christophe Clergeau, de l’Observatoire des énergies marines, les entreprises françaises employaient plus plus de 3.000 personnes (+47% en un an) sur les énergies marines et ont investi 452 M€ : un chiffre en hausse de 68% par rapport à 2018.

De bonnes nouvelles qui sont largement imputables au lancement par EDF Renouvelables de la construction du parc de Saint-Nazaire (480 MW). «Clairement, la dynamique est enclenchée», commente Frédéric Moncany de Saint Aignan, président du Cluster maritime français.

L’avenir des énergies marines s’annonce serein. Ne serait-ce que par la récente remontée à la surface d’un projet hydrolien au large du Contentin, fruit d’un partenariat entre deux industriels (l’un écossais, l’autre normand) et le fonds d’investissement de la région Normandie.

ciel pas totalement dégagé

Pour autant, le ciel n’est pas totalement dégagé. Malgré les demandes des industriels, l’Etat ne semble pas vouloir accélérer la publication des appels d’offres ni faciliter certaines démarches. La directrice générale de l’énergie rappelant même aux entreprises qu’elles devaient rester exemplaires, notamment dans l’information des populations riveraines des projets. «Rien n’est jamais acquis», rappelle Sophie Mourlon.

Le message passe mal auprès d’industriels qui ont du patienter une décennie entre le lancement des premiers appels d’offres et la mise à l’eau des premières machines. Concepteur d’usines de montages d’éoliennes flottantes, Julien Marchal ne tient pas à remonter le vent trop longtemps. «Si l’Europe et la France veulent attirer ce genre d’installation, il faudra tenir les calendriers de la PPE. Or, nous ne sommes pas les seuls à douter de leur réalisme. De plus, la PPE est relativement précise jusqu’à 2024. Mais après, elle est très floue», résume le directeur développement et commerce de Naval Energies.

coups de pouce

La filière réclame des garanties sur le cadençage de publication des appels d’offres (1 GW/an), mais aussi quelques coups de pouce supplémentaires. Jean-Louis Bal milite pour que l’Etat prenne à sa charge les études de vent des zones appelées à accueillir les prochains parcs éoliens marins. Le président du syndicat des énergies renouvelables (SER) propose aussi que le Conseil d’Etat statut en première et dernière instance sur les recours juridiques. Enfin, que la PPE planifie précisément et à long terme les attributions des prochains parcs, notamment flottants. Pas sûr que les services d’Elisabeth Borne soient sur cette longueur d’onde.

Nouvellement adoubée bras armé de la transition écologique, l’Ademe propose des aides financières pour le développement de l’éolien flottant ou de l’hydrolien fluvial. Et pourquoi pas pour des projets couplant énergies marines et production d’hydrogène: «on est prêts à regarder cela avec les investissements d’avenir», indique son président Arnaud Leroy.

Le déblocage pourrait venir du Parlement. Co-autrice du rapport sur l'économie bleue, Sophie Panonacle n'écarte pas un soutien législatif. «Il faut qu'il y ait un accompagnement financier, dans le cadre du Plan de relance et du projet de loi de finance 2021», estime la durée de Gironde.