Les émissions négatives, talon d’Achille de l’accord de Paris?

Le 04 décembre 2020 par Romain Loury
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Les forêts, puissants puits de carbone
Les forêts, puissants puits de carbone

Qui dit neutralité carbone dit émissions négatives. Or si certaines solutions sont dites fondées sur la nature, d’autres sont loin d’être aussi vertueuses, et pourraient compromettre la biodiversité et la sécurité alimentaire.

S’il est essentiel de réduire les émissions ‘positives’, en particulier celles liées à la combustion d’énergies fossiles, la neutralité carbone implique d’accroître les émissions négatives, à savoir l’absorption du carbone atmosphérique. Pour cela, les pistes ne manquent pas… les critiques non plus.

Certaines solutions sont dites fondées sur la nature: parmi elles, la reforestation, l’afforestation ou encore le stockage de carbone dans les sols agricoles, notamment via l’agro-écologie. D’autres sont plus problématiques: c’est le cas du BECCS (bioénergie coupage au captage et stockage du CO2), qui consiste à faire pousser des plantes, à la brûler pour en extraire l’énergie, puis à capter son CO2 afin de le stocker dans les couches géologiques profondes. Ou encore du DACCS (captage direct du CO2 avec stockage), qui permettrait, par exemple, de capter les émissions à la sortie des centrales à charbon.

La nature plutôt que la technologie

La piste du BECCS, particulièrement mise en avant par le rapport sur l’objectif de +1,5°C publié en octobre 2018 par le Giec (qui tempère toutefois ses vues dans son rapport sur les terres, publié en août 2019), a fait grincer bien des dents. Notamment chez certains climatologues, qui rappellent que le concept demeure à ce jour très théorique, sans preuve qu’il fonctionne à grande échelle. Sans compter le fort besoin de terres que nécessitera un BECCS à large échelle, avec des conséquences aussi bien pour la biodiversité que pour la sécurité alimentaire.

Selon Damien Navizet, responsable de la division climat de l’Agence française de développement, «il ne faut pas fonder trop d’espoirs sur ces technologies, on doit être conscient des nombreux risques qu’elles posent. Le CO2 est un gaz toxique, et l’enfouir sous terre peut par ailleurs poser des problèmes d’acceptation sociale». Selon lui, les émissions négatives doivent avant tout reposer sur «la gestion durable des forêts, et non pas sur des paris technologiques. Nos écosystèmes peuvent faire beaucoup».