Les charbonniers accompagnés vers la sortie

Le 29 juillet 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La centrale de Cordemais pourrait fonctionner au-delà de 2022.
La centrale de Cordemais pourrait fonctionner au-delà de 2022.
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Le gouvernement publie une ordonnance encadrant l'accompagnement social des personnels des 4 centrales au charbon française, promises à la casse en 2022, et de leurs sous-traitants.

La France n’en a pas tout à fait terminé avec le charbon. Après la fermeture de la dernière mine (la Houve en 2004), Paris pensait en avoir fini avec les mesures d’accompagnement des gueules noires et de leurs cousins. Mauvaise pioche. Depuis plusieurs années, la France, pays-hôte de l’Accord de Paris, peine à fermer ses quatre dernières centrales électriques carburant au charbon. Mauvais symbole.

En cause: la difficulté à sécuriser l’approvisionnement électrique de la Bretagne, en cas de fermeture de centrale EDF de Cordemais (Loire-Atlantique). Surtout, ce sont les syndicats qui font bloc autour des salariés des unités d’EDF (Cordemais et Le Havre) et de Gazel Energie. L’ancienne filiale d’E.ON exploite les centrales de Gardanne (Bouches-du-Rhône) et de Saint-Avold (Moselle).

volte-face de François Hollande

En avril 2016, le président François Hollande avait annoncé l’instauration d’un prix plancher du quota d’émission de CO2, mesure qui aurait provoqué la fermeture quasi immédiate de ces installations qui rejettent une dizaine de millions de tonnes de gaz carbonique par an. L’annonce avait provoqué de nombreux mouvements sociaux. Quelques mois plus tard, le gouvernement abandonnait l’idée présidentielle.

Emmanuel Macron a adapté l’idée de son prédécesseur. La loi énergie climat de novembre 2019 plafonne la durée de fonctionnement des quatre centrales. Publié le 26 décembre de la même année, un décret fixe à 2022 la mise en œuvre de ce dispositif carboniphage. La messe est pratiquement dite.

Les centrales devraient donc s’arrêter dans deux ans. A l’exception, peut-être, de Cordemais qui pourrait fonctionner en régime réduit jusqu’au démarrage du réacteur EPR de Flamanville, désormais prévu à l'été 2023.

24 ou 30 mois

Restait à trouver l’accompagnement social de cette casse du charbon. On en connaît désormais les contours. Ce mercredi 29 juillet, la ministre de la transition écologique, Barbara Pompili, a présenté un projet d’ordonnance au conseil des ministres.

Le texte prévoit de maintenir dans l’emploi, et à leur salaire, les salariés d’EDF et de Gazel Energie (ex-Uniper), ainsi que «les personnels portuaires directement touchés par l’arrêt de cette activité et les salariés des entreprises sous-traitantes.» Cet accompagnement pourra durer 24 mois après la fermeture des centrales, voire 30 mois «pour les salariés les plus proches de l’âge de la retraite.»

Très en pointe dans ce mouvement, la CGT s’oppose à l’ordonnance. Dans une réponse adressée à la direction générale de l'énergie et du climat, la centrale syndicale estime «que le licenciement sec des salariés sur des sites en fermeture, s’il n’y a pas de reconversion des sites ou de mobilité statutaire [est] une nouvelle brèche sans précédent dans la branche des IEG[1]

 



[1] Le statut des industries électriques et gazières (IEG) garantit aux agents des entreprises de la branche un régime social réputé très favorable.