Les chambres d’agriculture se préparent à réaliser des bilans carbone

Le 18 septembre 2020 par Stéphanie Senet
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Après l'élevage, le bilan carbone bientôt ouvert aux grandes cultures
Après l'élevage, le bilan carbone bientôt ouvert aux grandes cultures

20.000 exploitations agricoles pourront mesurer leur bilan carbone d’ici à 2022, grâce à un financement par l’Etat dans le cadre du plan de relance et accompagné par les chambres d’agriculture. Déjà disponible pour l’élevage de ruminants, la méthodologie nationale sera bientôt applicable aux grandes cultures.

«Dans le plan de relance, une enveloppe de 10 millions d’euros est affectée aux diagnostics carbone des agriculteurs installés depuis 5 ans. Ce qui va nous permettre de réaliser 30.000 bilans dans les deux ans», explique Sébastien Windsor, le nouveau président des Chambres d’agriculture. Avec un double intérêt pour les agriculteurs : participer à la lutte contre le réchauffement pour limiter ses effets sur l’agriculture et valoriser les progrès des agriculteurs par la vente de crédits carbone ou la valorisation de ses produits.

Dans le sillon de Carbon Agri

Avant la mise en place de pratiques agricoles bonnes pour le climat, deux obstacles doivent toutefois être surmontés. Au plan technique, les méthodologies ne sont pas encore prêtes. Seule «Carbon Agri», pour l’élevage des ruminants, a été approuvée par le ministère de la transition écologique en 2019 dans le cadre du «label bas-carbone». Elle se résume à deux photographies, réalisées à 5 ans d’intervalle, permettant d’évaluer la réduction des émissions de gaz à effet de serre grâce à une liste de bonnes pratiques.

Les grandes cultures dans la boucle

«Il faut désormais élargir le champ d’investigation. La méthodologie la plus avancée, pilotée par l’institut du végétal Arvalis, vise les grandes cultures. Elle doit être validée d’ici à la fin de l’année pour être opérationnelle début 2021», affirme Sébastien Windsor. Dans la boucle, se trouvent les producteurs de blé, maïs, betteraves, oléagineux et protéagineux. La prochaine étape ciblera l’élevage d’animaux non ruminants.

Curseurs à ajuster

Quel est le potentiel de réduction du carbone? «Rendez-vous dans un an. Avec le déploiement de nombreux bilans carbone, nous aurons une meilleure visibilité et nous pourrons produire un bilan», promet le président de l’APCA. Des progrès ont d’ores et déjà observés en modifiant l’alimentation des vaches. Le remplacement de tourteaux de soja par des tourteaux de colza permet à lui seul de réduire de 3 à 7% les émissions de l’exploitation.

Même chose sur la production d’énergie, via la méthanisation et la récupération de chaleur, sur le volet sanitaire en réduisant la consommation de médicaments, et sur la biomasse en plantant des haies et en allongeant les prairies permanentes. «Le potentiel de stockage des haies a été évalué par le projet Carbocage, dans les Pays-de-la-Loire, dans le cadre d’un partenariat avec l’Ademe. Un projet qui expérimente aussi un marché carbone sur 3 territoires locaux. Une méthodologie débute aussi pour le stockage du carbone dans le sol», poursuit Sébastien Windsor.

Valoriser les pratiques et les produits

Derrière ces diagnostics carbone, l’APCA compte valoriser les efforts fournis par les agriculteurs en 5 ans. La vente de crédits carbone sur des marchés locaux intéresse d’ores et déjà collectivités et entreprises. Autre piste : la valorisation de la production, vendue plus chère, comme les produits labellisés Bleu Blanc Cœur.  

Formation et sensibilisation

Dernier obstacle, et non des moindres, les Chambres doivent convaincre les agriculteurs et les accompagner. Un travail de sensibilisation va s’engager au niveau régional, dès que les représentants des chambres seront formés aux méthodologies de calcul et aux bonnes pratiques.