Les banques alimentaires ont besoin de bras

Le 11 mai 2020 par Stéphanie Senet
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Jacques Bailet préside le réseau des banques alimentaires
Jacques Bailet préside le réseau des banques alimentaires

Alors que la demande d’aide alimentaire a augmenté de 25% depuis le début du confinement, le réseau des banques alimentaires réclame des mesures fortes, comme l’explique son président Jacques Bailet.

Créé en 1984, le réseau des banques alimentaires s’appuie sur plus de 6.500 bénévoles et 500 salariés. Les denrées collectées sont distribuées à 5.400 associations et centres communaux d’action sociale. Il fournit 250 nouveaux partenaires associatifs depuis le début de la crise sanitaire.

Comment a évolué la demande d’aide alimentaire au cours des dernières semaines ?

Elle a augmenté d’environ 25%, notamment à cause de la fermeture des cantines et de la hausse du budget nécessaire pour manger à la maison pendant le confinement. Avant, on distribuait environ 10.000 tonnes de nourriture par mois. Aujourd’hui, on est passés à 12.500 tonnes. Ce qui a posé un certain nombre de problèmes, surtout par manque de personnels. Nous avons donc privilégié les produits secs, qui demandent moins de manipulation, et avons ralenti l’offre de produits frais d’environ 30%. Ensuite, nous avons eu recours à de nouveaux bénévoles. Nous récupérons en effet la marchandise le matin puis la distribuons aux associations en fin de matinée. Des personnes mises en chômage partiel ont ainsi remplacé une partie de nos bénévoles habituels –6.500 personnes pour la plupart retraitées (cf encadré)- qui s’étaient arrêtés de travailler pour des raisons sanitaires. Mais mon inquiétude est pour demain, quand ces personnes auront repris le travail. La demande d’aide alimentaire, ponctuelle ou régulière, ne cesse de progresser et devrait toucher 7 millions de personnes en France, contre 5 M aujourd’hui, à cause des pertes d’emploi. Nous aurons de besoin de davantage de bras et de denrées, alors que les industriels donnent moins qu’avant, à cause de la hausse de leur demande marchande.

Quelles sont vos sources d’approvisionnement ?

L’an dernier, nous avons réceptionné environ 115.000 tonnes de nourriture. La plus grosse partie (50.000 t) était constituée de produits frais donnés par les grandes surfaces. Ensuite, nous avons eu 27.000 tonnes de dons de différents programmes publics, principalement du Fonds européen d’aide aux plus démunis (FEAD), ce qui représente un mélange de produits secs et frais.  Puis 26.000 tonnes de produits frais (lait, fromages, fruits et légumes) provenant des producteurs et de l’industrie agroalimentaire. Nous avons enfin récolté 12.500 tonnes d’aliments (surtout des produits secs) lors de nos campagnes en sortie de magasin, opérées en avril et surtout fin novembre.

Qui prend en charge le transport ?

C’est très variable. Certains industriels proposent de nous livrer, sachant qu’ils peuvent déduire fiscalement le montant du transport, tout comme le montant du don d’ailleurs. Mais nous allons souvent les récupérer. Pour faciliter les échanges, nous avons réalisé un guide du donateur spécifique à la crise sanitaire avec l’Ania[1] qui préconise le don de produits secs, comme les conserves de fruits et légumes, féculents et légumes secs, plats cuisinés, farine, sucre et huile. S’il s’agit de produits frais, la date-limite de consommation (DLC) doit être d’au moins une semaine. Et il est préférable que l’entreprise prenne en charge le transport. Les entreprises de l’agroalimentaire peuvent aussi réaliser leur don en quelques clics via la plateforme ClickDon qui les met en relation avec la banque alimentaire la plus proche.

Aide d'urgence / Le gouvernement a annoncé, le 23 avril, une enveloppe de 39 millions d’euros pour les plus démunis, dont 25 M€ versés aux associations et 14 M€ aux collectivités.

Avez-vous reçu des aides depuis le début de la crise sanitaire?

Nous avons entendu les déclarations du gouvernement (cf encadré) mais l’un de nos principaux programmes de soutien, le FEAD, devrait voir son enveloppe divisée de moitié au niveau européen, dans le cadre de son intégration au Fonds social européen FSC+ proposé par la Commission en 2018. Le gouvernement français nous a assurés qu’il compenserait les pertes. Mais personne n’y croit. Il a seulement mandaté l’Inspection générale des affaires sociales d’une mission et créé un bureau de la réforme de l’aide alimentaire au ministère des solidarités. Ce qui ne fait pas bouger le problème d’1 millimètre. Il faut au contraire développer d’urgence les emplois aidés et les chantiers d’insertion, tout en faisant la chasse aux abus. Il faut savoir que ces emplois ont été  sabrés au cours des dernières années. On en comptait 350.000 en 2017, mais qui n’étaient financés qu’à 80%. Aujourd’hui, on en compte à peine 150.000, financés à 50%. Il est vital de les relancer.

 



[1] Association nationale des industries alimentaires