Le trafic de déchets plastiques se mondialise

Le 28 août 2020 par Stéphanie Senet
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Des cargaisons illégales envoyées en Asie du Sud-Est et en Europe centrale et orientale
Des cargaisons illégales envoyées en Asie du Sud-Est et en Europe centrale et orientale

Dans un rapport publié le 27 août, basé sur les données transmises par 40 pays, Interpol alerte sur la hausse des trafics liés aux déchets plastiques depuis 2018 et sur l’implication d’organisations criminelles.

Les fraudeurs ont profité de la fermeture des frontières chinoises aux déchets plastiques. Alors que la Chine a traité 45% des tonnages produits dans le monde entre 1992 et 2008, des exportations illégales ont été effectuées au cours des deux dernières années vers des pays d’Asie du Sud-Est et dans une moindre mesure d’Europe centrale et orientale. Interpol observe que ces envois ont transité par d’autres pays pour masquer le pays d’origine et l’illégalité des transferts. Une pratique courante.

L’organisation internationale craint par ailleurs de futures exportations vers l’Afrique, via la route illégale des déchets électroniques, et l’Amérique latine. Autant de phénomènes qui décrédibilisent les taux de recyclage officiellement avancés par les pays fortement exportateurs, comme les Etats-Unis et le Royaume-Uni.

En dehors des clous

Deuxième tendance: les dispositifs illégaux de traitement se sont répandus, sur place comme à l’étranger. Dans les pays producteurs, Interpol relève une recrudescence des décharges illégales et des incendies de déchets. Dans les pays hôtes, le nombre d’installations illégales de recyclage s’est accru pour absorber le surplus à moindre coût, sans respecter la réglementation environnementale. Là encore avec des incendies plus nombreux.

Autre constat: les fraudes liées aux déclarations de déchets, qui ne sont pas nouvelles, se sont accrues depuis 2018, et sont désormais observées dans de nouveaux pays. Le plus souvent, les déchets plastiques mélangés à d’autres substances sont illégalement déclarés comme des déchets non dangereux.

Par ailleurs, Interpol dispose de preuves montrant que des organisations de crime organisé sont impliquées dans ces trafics.

Quatre risques de nouveaux trafics

A l’avenir, quatre risques majeurs ont été identifiés par l’organisation internationale dont la hausse des exportations illégales vers des pays vulnérables liées à de nouvelles interdictions nationales d’importer et l’émergence d’installations illégales en cas de contournement du nouveau droit de refus instauré par la Convention de Bâle, qui sera applicable en 2021.

Interpol alerte aussi sur de nouvelles activités criminelles potentielles liées au trafic de produits chimiques et de déchets de cuivre, ainsi qu’aux produits en plastique interdits, aux déchets de panneaux photovoltaïques et aux batteries usagées au plomb et au lithium.

Notons que la création d’une future taxe européenne sur les déchets d’emballages plastiques non recyclés devrait aussi tenter les fraudeurs.

Au total, le marché mondial du recyclage des déchets plastiques a atteint 29,1 milliards d’euros en 2016 (incinération et enfouissement exclus). Il devrait totaliser 42,3 M€ en 2022. «La bonne régulation du secteur est essentielle pour la sécurité environnementale mondiale», a conclu Calum McDonald, responsable de l’environnement à Interpol.