Le torchon brûle sur les eaux du Canal Seine-Nord

Le 08 septembre 2020 par Victor Miget
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Evalué à 1,2 Md€ en 1993, le budget pour la réalisation du Canal Seine-Nord culmine désormais à près de 5 Mds€.
Evalué à 1,2 Md€ en 1993, le budget pour la réalisation du Canal Seine-Nord culmine désormais à près de 5 Mds€.

L’association Seine-Nord Europe a contesté, vendredi 4 septembre, les réserves émises par la Cour des comptes européenne (CCE) à propos du Canal Seine-Nord.

 

Un rapport de la CCE, établi en juin dernier, revenait sur les surcoûts et retards du projet de Canal Seine-Nord, une partie du vaste projet Seine-Escaut. Cette liaison de la France à la Belgique, prévoit la construction ou l’élargissement de 1.100 km de voies navigables pour permettre le passage de convois fluviaux de 4.400 tonnes. Dans l’Hexagone, le gros des travaux concerne le creusement du futur canal Seine-Nord Europe. 107 km entre Compiègne (Oise) et Aubencheul-au-Bac (Nord).

Un budget multiplié par 4

107 kilomètres évalués à 5 milliards d’euros (Md€). Dont 2 Md€ financés par l’Union-européenne. Mais dans son rapport, « Infrastructures de transport de l’UE : accélérer la mise en œuvre des mégaprojets pour générer l’effet de réseau dans les délais prévus », la CCE s’inquiète du quadruplement du budget initial. L’estimation initiale de 1993, fait état d’1,2 Md€.

Vendredi, L'association du Canal Seine-Nord Europe[i] s’est fendue d’un communiqué. Elle remet en question la méthode employée par l’institution européenne. Selon elle, les chiffres utilisés «pour estimer le retard et le surcoût du projet, ne correspondent ni à la genèse, ni à la réalité actuelle du projet». L'association reproche à la CCE de prendre pour base ce pré-chiffrage de 1,2 milliard euros vieux de 27 ans. Or, elle rappelle qu’«à cette date, le tracé et le gabarit du projet étaient bien différents». De son avis, la CCE aurait dû prendre comme point de comparaison le chiffrage au moment de la déclaration d’utilité publique (2006) comme elle l’a fait pour d’autres mégaprojets.

18 ans de retard

Autre soucis pointé par la CCE : Le canal aura subi un retard de 18 ans pour son entrée en service. En réponse, l’UE a dû retirer, 668 millions d’euros (M€) de dotation. «Lorsque la mise en œuvre d’une action bénéficiant du concours du mécanisme pour l’interconnexion en Europe (MIE) n’est pas strictement conforme aux conditions fixées dans la convention de subvention ou n’est pas terminée dans les délais impartis, le cofinancement de l’UE peut être retiré», avait-elle justifié.

Là encore, l’association dément. Bien qu’elle «regrette, comme le fait la Cour des comptes européenne, les retards accumulés» elle assure qu'il «n'a jamais été question […] que le projet Seine-Nord Europe soit mis en service en 2002». Et de préciser que sa réalisation a été envisagée en 2009 via un contrat de partenariat finalement abandonné, et a ensuite fait l’objet de deux rapports de reconfiguration en 2013 et 2015.  

Trafic optimiste

Le dernier point de friction concerne les prévisions de trafic. Le rapport indique : «La liaison fluviale Seine-Escaut a été approuvée sur la base de prévisions indiquant que le trafic sur le canal Seine-Nord Europe serait quatre fois plus élevé en 2060 par rapport à la situation de référence censée prévaloir en 2030 en l’absence du canal». Ce qui nécessiterait une augmentation importante des volumes de marchandises traversant la France et l’Europe. Or les statistiques de ces 10 dernières années «n’indiquent pas que cela se produira.», note la CCE.  

Mais pour l'association, néanmoins prudente, cette estimation semble «correspondre à la réalité logistique observée dans d'autres régions et au choc de compétitivité que constitue le passage au grand gabarit.»

Elle rappelle qu’à l’heure actuelle 4 millions de tonnes de marchandises transitent par le canal du Nord, avec une part modale fluviale d’environ 3 %. Les prévisions de trafic sont de l’ordre de 20 millions d’ici 2060 grâce à l’ouverture du canal Seine-Nord Europe. Rien d’insurmontable de son avis. La bataille de chiffre est lancée.



[i] L’association regroupe les Conseils Régionaux du Nord Pas de Calais, les Conseils Généraux du Nord, de l’Oise, du Pas de Calais et de Seine Saint Denis. Ainsi que des villes, des ports, des organismes sociaux professionnels, des entreprises etc.