Le Terminal 4 de Roissy-Charles de Gaulle en question

Le 04 mai 2020 par Victor Miget
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Le T4 permettrait à l’aéroport du nord de Paris d'accueillir 40 millions de voyageurs supplémentaires par an à l'horizon 2037.
Le T4 permettrait à l’aéroport du nord de Paris d'accueillir 40 millions de voyageurs supplémentaires par an à l'horizon 2037.

Le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, s’est interrogé sur «la pertinence de l’extension des terminaux», ouvrant une fenêtre de tir aux opposants au Terminal 4 de Roissy-Charles de Gaulle.

 

Jeudi dernier, la ministre de la Transition écologique, Elisabeth Borne, et le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, ont été auditionnés par la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire de l’Assemblée nationale. A l’ordre du jour, le soutien de l'Etat accordé aux entreprises pendant la crise du coronavirus et leurs contreparties écologiques. Incidemment, le locataire de Bercy s’est aussi interrogé sur la pertinence du projet d’Aéroports de Paris (ADP) de construire un nouveau terminal (le T4) sur la plateforme de Roissy-Charles de Gaulle.

T4 : un avenir nébuleux   

Le programme permettrait à l’aéroport du nord de Paris d'accueillir 40 millions de voyageurs supplémentaires par an à l'horizon 2037. Fin avril, le PDG d’Air France, Ben Smith, avait assuré aux Echos que la construction du futur hub du transporteur tricolore n’était en rien remise en cause. Le ministre de l’Economie s’est voulu plus nuancé devant l’Assemblée. Lors de son audition, Bruno Le Maire a posé la question de la pertinence d'une extension de l’infrastructure aéroportuaire.

Pandémie. Le projet d'agrandissement de l'aéroport de Londres Heathrow  sera retardé «d'au moins deux ans», a prévenu son exploitant, vendredi 1er mai. «L'expansion d'Heathrow reste un élément clé de notre stratégie à long terme, une fois que nous aurons battu la Covid-19 et que nous serons entrés dans la phase de récupération.» Le 27 février, la justice britannique avait jugé que l’extension n'était pas assez respectueuse de l'environnement. Heathrow Airport Holdings a fait appel devant la Cour suprême.

Si rien n’est encore acté, «nous savons que le dossier du T4 est sur le bureau du secrétaire d’Etat aux transports, Jean-Baptiste Djebbari. Les discussions sur l’avenir de ce projet sont en cours», se réjouit Audrey Boéhly, porte-parole du collectif d’opposants Non au Terminal 4. Alors que la mobilité aérienne risque d’être bouleversée sur le long terme à cause de la pandémie,  «ce serait une aberration d’investir 9 milliards d’euros dans cette infrastructure», lance-t-elle.

Reporter avant d’annuler

En attendant que les lignes bougent, plusieurs associations ont envoyé un courrier mi-avril au préfet d’Ile-de-France, pour réitérer leur demande de report de l’enquête publique, après les élections municipales et l’état d’urgence sanitaire. Courrier resté sans réponse.

L’enquête publique reste prévue entre juin et juillet 2020. Un non-sens dans l’état actuel des choses, selon Audrey Bohély. «Déjà en janvier, nous avions demandé un report. Cette date empiète sur les vacances, ce qui n’est pas idéal pour favoriser la participation des riverains.» Sans oublier l’ajournement du second tour des élections municipales. «Les nouvelles équipes ne seront pas en place», s’inquiète la porte-parole.

Fin mars, Elisabeth Borne avait demandé la suspension des enquêtes publiques. Une ordonnance du 25 mars prévoyait des dérogations possibles pour les projets d’intérêts nationaux.

À la fin du mois de mars dernier en effet, la ministre de la Transition écologique, Élisabeth Borne, a annoncé la suspension des enquêtes publiques. Les associations s’inquiètent que le Terminal 4 soit considéré comme «d’intérêt national ». Pourquoi se précipiter se demande Audrey Bohély. «Oui c’est un projet d’envergure nationale, mais l’urgence de construction pose question». 

 

Contacté par Le Journal de l’environnement, ADP n’a pas donné suite à notre demande d’interview.