Le piètre bilan de Donald Trump

Le 30 octobre 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Ca va refroidir ...
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Environnement, climat, énergie, santé, sciences: le bilan du 45e président des Etats-Unis est consternant. Cela aura-t-il un effet sur l’issue du scrutin présidentiel du 3 novembre?

«Promesse faite, promesse tenue.» C’est l’un des slogans préférés de Donald Trump. Et de fait, le 45e président des Etats-Unis, candidat à sa succession, a beaucoup promis depuis sa première campagne en 2016. Il a aussi tenu nombre de ses engagements. Mais pas tous.

L’héritier de l’empire immobilier new-yorkais de son père avait, par exemple, annoncé une croissance économique sans égale durant son premier mandat. Et de fait, avant que la pandémie de Covid-19 ne grippe les rouages de la machine économique, la croissance du PIB américain flirtait avec un taux de croissance annuel de 3%. Moins bien que les 4% promis, mais mieux que beaucoup de pays industrialisés. Donald Trump a, il est vrai, cueilli les fruits des restructurations opérées par l’administration Obama et par une politique monétaire accommodante menée par la Réserve fédérale (banque centrale américaine).

le pro du deal

S’il s’est fait élire avec l’assurance de ne pas déclencher de nouveaux conflits militaires (promesse là encore tenue), l’ancien élève de la Wharton School n’a pas cessé de provoquer des guerres commerciales avec les principaux partenaires des Etats-Unis. Washington a imposé à ses voisins mexicain et canadien la réécriture de l’accord sur le libre-échange, a déserté la négociation portant sur l’accord sur le commerce transpacifique, a paralysé l’organisation mondiale du commerce. C’est aussi au nom des intérêts commerciaux américains que le président Trump a fait sortir l’Hyperpuissance de l’Accord de Paris sur le climat.

Théoricien du deal, Donald Trump a tenté de brusquer le dragon chinois pour réduire le déficit commercial américain. Les résultats de cette bataille sont mitigés. Certes, l’acier chinois est désormais surtaxé par les douanes US, mais les autorités chinoises ont sévèrement répliqué. Selon The Economist, les consommateurs américains payent l’équivalent de 900.000 $ par emploi sauvé dans les hauts fourneaux américains.

Défenseur du producteur d’acier, Donald Trump est aussi fait le champion du mineur de fond. Hélas, en laissant le gaz de schiste devenir le combustible de référence de l’industrie lourde, le locataire de la Maison blanche a torpillé ses propres efforts de promotion du charbon US. Depuis son entrée en fonction, le nombre de centrales électriques au charbon a diminué de 22%. Le nombre des Gueules noires a baissé de 5% entre 2016 et 2019. Ce n’était pas le deal conclu.

baisser les impôts

Comme tous les présidents républicains, Donald Trump a promis de déréguler et de baisser les impôts. Il n’a pas démérité. Sur les 200 lois et normes envoyées par le fond par son administration, 74 concernent l’environnement, a comptabilisé le Sabin Center de l'université Columbia de New York. Il y a, bien sûr, le Clean Power Act limitant les émissions des centrales thermiques, les règles encadrant la gestion des déchets toxiques, l’accès aux terres fédérales pour les compagnies pétrolières, l’affaiblissement de l’agence fédérale de protection de l’environnement, la dénaturation des études d’impact pour les projets d’infrastructures, etc. «Nous avons supprimé près de 25.000 pages de régulations destructrices d’emplois», s’est félicité Donald Trump, le 16 juillet dernier.

Moins de normes environnementales, c’est aussi plus de polluants qui réduiront la durée de vie des Américains les plus précaires. Depuis 2017, l’espérance de vie recule aux Etats-Unis : la faute aux surdoses d’opiacées, à la déstructuration du système d’aide social. Moins de normes environnementales, c’est aussi plus de pollutions. Selon les calculs du Rhodium Group, les dérégulations trumpiennes vont accroître de 1.800 millions de tonnes les émissions américaines de CO2 dans les 15 prochaines années.

Sur les impôts, l’animateur de l’émission de téléréalité The Apprentice n’a pas failli. Selon la Tax Foundation, l’allégement de la fiscalité fédérale votée en 2017 représente un manque à gagner pour l’Etat de 150 milliards sur 10 ans, soit 0,7% du PIB. En 1981, Ronald Reagan avait fait quatre fois mieux. Pour autant, Donald Trump entend faire des économies. De préférence, en ciblant les agences fédérales scientifiques.

affaiblir les agences gouvernementales

Depuis 2017, le président négationniste du réchauffement tente, à chaque discussion budgétaire, de sabrer les crédits des agences et ministère gérant des programmes de recherche sur le climat et l’environnement: Nasa, NOAA, USGS, EPA, DOE. Donald Trump semble vouer à l’administration de la météorologie et de l’atmosphère (NOAA) une haine particulièrement tenace: chaque année, il proposer de réduire de 30 à 40% ses crédits de recherche. Sans succès. Aucune des demandes présidentielles n’a été acceptée par le Congrès. Chaque année, ces budgets de recherche (à l’exception notable de ceux de l’EPA) augmentent sensiblement. Le commandant en chef contourne cette difficulté.

D’abord, en nommant des personnalités ouvertement climato-sceptiques à des postes de responsabilité. En septembre dernier, David Legates a été bombardé responsable des modélisations de la NOAA; une sacré promotion pour un professeur de géographie climato-sceptique. L’agence de protection de l’environnement (EPA) est, quant à elle, dirigée par Andrew Wheeler, ancien lobbyiste de l’industrie du… charbon.

humilier les chercheurs

Le président américain n’hésite pas non plus à humilier les chercheurs. En novembre 2018, treize agences fédérales publiaient le dernier volume de leur rapport d’évaluation sur les changements climatiques aux Etats-Unis. Cette volumineuse étude, qui n’a rien à envier aux rapports du Giec, rappelle notamment que «les changements climatiques menacent la santé humaine, la sécurité du pays, la qualité de la vie et les activités économiques.»

«Je n’y crois pas», répond publiquement le président. Visitant la Californie ravagée par les flammes, Donald Trump assure aux responsables du Golden State que le climat va bientôt se … refroidir. Le buzz assuré. La gestion de la pandémie de Covid-19 n’a pas été confiée à des scientifiques, bien sûr, mais à une «task force» présidée par le vice-président, Mike Pence, et le gendre du président, Jared Kushner. Aucun d’entre eux n’a la moindre connaissance en maladie infectieuse.

défiance

Témoins impuissant de ce mépris de la science: les rédactions des revues scientifiques New England Journal of Medicine et Nature appellent à voter pour le challenger démocrate. «La confiance de Joe Biden dans la vérité, les preuves, la science et la démocratie font de lui le seul choix lors des élections américaines», écrivent les éditorialistes de Nature. Du jamais vu ! En septembre, 81 lauréats américains d’un prix Nobel apportaient, dans une lettre ouverte, leur soutien au candidat démocrate.

Ces appels influeront-ils sur l’issue du scrutin? Rien n’est moins sûr. Une récente étude du Voter Study Group montre que les lignes ne bougent pas forcément dans le bon sens. Après avoir interviewé 6.000 personnes, les chercheurs du centre d’étude (bipartisan) sur la démocratie américaine montrent que la conscience de l’urgence climatique ne progresse que chez les démocrates. Moins d’un Républicain sur deux est dans ce cas . En revanche, la confiance en la science des citoyens «sans étiquette» recule: 57% des «indépendants» croient en la réalité du réchauffement, contre 61% il y a 9 ans.

Circonstance rassurante : d'autres études montrent qu'une majorité d'électeurs veulent tout de même que la prochaine administration s'occupe enfin sérieusement du climat. Il n'est que temps.