Comment le Sénat veut réduire les impacts du numérique

Le 25 juin 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Plus de fibre optique dans les réseaux, c'est moins d'énergie consommée.
Plus de fibre optique dans les réseaux, c'est moins d'énergie consommée.
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Des mesures pourraient être intégrées aux textes de transposition de plusieurs directives européennes. Le Sénat et deux ministres demandent la réalisation d'une étude d'impact sanitaire et environnemental de la 5G.

 

Ce sera probablement l’un des débats environnementaux de ces prochaines années? Peut-on adapter notre société au numérique sans plomber son empreinte écologique ? Les membres de la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable du sénat n’en sont pas convaincus.

Dans le rapport d’information qu’ils publient, les sénateurs établissent l’écobilan de la production et de l’utilisation des terminaux, tablettes, centres informatiques et réseaux. Originalité : la chambre haute a mandaté trois cabinets conseil pour disposer de ses propres estimations, tant les chiffres qui circulent sur ces sujets varient du tout au tout.

Au final, le numérique contribue à l’émission d’une quinzaine de millions de tonnes de gaz à effet de serre (2% du total national). La production des terminaux est à l’origine de 86% de ces émissions. En cause: l’extraction des matériaux nécessaires à leur fabrication et surtout le bouquet énergétique très carboné des pays asiatiques où la majorité de ces produits sont assemblés.

un bilan qui ne cessera de se dégrader

Faute de régulation, ce chiffre appelé à progresser de 60% d’ici à 2040. «Cette croissance serait notamment portée par l’essor de l’Internet des objets et les émissions des data centers».

Les parlementaires estiment que la «relance verte», nécessairement compatible avec l’Accord de Paris, «ne pourra pas faire l’économie de la définition d’une véritable stratégie de réduction de l’empreinte environnementale du numérique.»

Le rapport recense une vingtaine de propositions, dont certaines pourraient être intégrées aux textes qui transcriront les directives européennes sur les contrats de fourniture de contenu numérique (2019/770), le contrat de vente de bien (2019/771) ou à la protection des consommateurs (2009/22/CE)

Alors que les discussions préalables à la rédaction du plan de relance vont bon train, les rapporteurs proposent de conditionner les aides à la numérisation des entreprises à l’acquisition de terminaux reconditionnés.

le carbonique Internet des objets

Plus difficile, les sénateurs suggèrent de contraindre les grands fournisseurs de contenus à adapter la qualité de la vidéo téléchargée à la résolution maximale du terminal, afin de réduire le volume de données à véhiculer dans les réseaux. Avec des gains énergétiques à la clé dans la gestion des centres informatiques.

L’empreinte carbone des data centers pourrait exploser, ces trois prochaines décennies, avec le développement de l’Internet des objets, de la gestion informatique décentralisée (edge computing).

Pour éviter tout risque de surconsommation d’électrons, les sénateurs recommandent de favoriser l’implantation de centres informatiques à haut rendement énergétique, via des incitations fiscales indexées à des niveaux de performance énergétique.

Les grands opérateurs ne seront pas oubliés. Pour améliorer la sobriété des réseaux de télécommunications, les sénateurs appellent à développer le réseau de fibres optiques, tel que prévu par le plan France très haut débit[1].

étude(S) sur la 5G

Les locataires du Palais du Luxembourg se montrent dubitatifs quant aux éventuels bénéfices apportés par la cinquième génération de norme de téléphonie mobile (5G). Avant que ne débute son déploiement, prévu pour cette année, les sénateurs recommandent la réalisation d'une étude d'impact «intégrant les effets de la technologie sur les consommations énergétiques des opérateurs, mais aussi sur les effets induites sur la fabrication et sur le renouvellement des terminaux, ainsi que les impacts sur les consommations des data centers.» En fin de semaine dernière, les ministres de la transition écologique, Elisabeth Borne, et de la santé, Olivier Véran, avaient, eux aussi, demandé au premier minsitre une évaluation des effets sanitaires et environnementaux de la 5G.

Interrogé par l'AFP, le président de l'Autorité de régulation des communications électroniques et des Postes (Arcep) a rejeté tout danger potentiel. «Il n'y a aucune rationalité à repousser la 5G, a estimé Sébastien Soriano. Au contraire, le lancement de la 5G va nous apprendre à amadouer cette technologie, voir comment elle fonctionne, et comment créer les conditions pour qu'elle s'insère dans une vraie exigence environnementale», a-t-il dit.

Dans un rapport publié, fin janvier, l'Anses reconnaissait un gros manque de données sur les impacts sanitaires et environnementaux du déploiement de la 5G.

[1] Lancé en 2013, ce plan prévoit l’accès pour tous les Français à un débit minimal de 8 Mbit/s en 2020 et la généralisation de la fibre optique sur tout le territoire en 2025.