Le renard normand épargné par la justice

Le 07 septembre 2020 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
1.430 renards étaient visés
1.430 renards étaient visés
DR

Le tribunal administratif de Rouen a suspendu l’arrêté préfectoral autorisant l’abattage de 1.430 renards en Seine-Maritime, à la demande de quatre associations. Pour la justice, rien ne démontre une forte hausse récente des effectifs, comme l’avançait la préfecture.

L’affaire avait fait du bruit parmi les défenseurs normands de l’environnement, qui s’étaient rassemblés mercredi 2 septembre devant le tribunal de Rouen. En cause, un arrêté du 20 juillet autorisant l’abattage de 1.430 renards du 15 juillet au 31 décembre en Seine-Maritime, pour y freiner la supposée forte expansion du renard, phénomène qui se serait renforcé avec le confinement.

Classé dans 91 départements comme espèce ‘susceptible d’occasionner des dégâts’, le renard est dans le viseur de la préfecture en raison de son impact sur le petit gibier (en particulier les perdrix), sur les élevages avicoles, ainsi qu’en raison d’un supposé risque de maladies transmissibles à l’homme (échinococcose, gale).

Or pour les associations, rien ne vient justifier cette mesure radicale. Outre le fait qu’elles remettent en cause le classement du renard comme espèce susceptible d’occasionner des dégâts, évoquant son rôle de prédateur des rongeurs nuisibles pour l’agriculture, elles rejetaient l’idée d’une forte prolifération du canidé.

Pas de preuve d'une forte prolifération

Après le rejet fin août d’un premier recours en référé de l’association One Voice, le tribunal administratif de Rouen a cette fois-ci donné raison à la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) Normandie, épaulée par l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas), AVES France et le Groupe mammalogique normand (GMN). Vendredi 4 septembre, le tribunal a ainsi suspendu l’arrêté, rejetant les arguments de la préfecture quant à une éventuelle prolifération excessive.

Menée par la société NaturAgora Développement, une étude, pourtant présentée par le préfet, montre en effet une densité stable entre 2016 et 2018, suivie certes d’une augmentation en 2019 (0,67 renard/km2, contre 0,59 l’année précédente), chiffre «nettement inférieur à la densité moyenne sur le territoire national», selon le juge. Celui-ci a de plus souligné l’absence de données quant aux effets du confinement sur la population vulpine.

Egalement suspendu en référé, en 2019, un arrêté similaire, pris par la préfecture de l’Eure, est en bonne voie d’être annulé, comme l’a réclamé vendredi le rapporteur public du tribunal administratif de Rouen. Evoquant aussi les dégâts sur les perdrix, ce texte prévoyait la destruction de renards par des tirs de nuit, sans fixer de plafond.