Le recyclage des emballages en plastique tourne en rond dans l’UE

Le 06 octobre 2020 par Stéphanie Senet
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Le taux de recyclage des emballages en plastique revu à la baisse dans l'UE
Le taux de recyclage des emballages en plastique revu à la baisse dans l'UE

Dans un rapport publié ce 6 octobre, la Cour des comptes européenne (ECA) revoit à la baisse, de 10 points, le taux de recyclage des emballages en plastique dans l’UE par rapport aux données d’Eurostat. Seules des mesures musclées permettront d’atteindre les objectifs prévus en 2025.

La stratégie européenne sur les matières plastiques adoptée en janvier 2018 devrait rater sa cible, selon les auditeurs, qui se sont focalisés sur les emballages plastiques. Ceux-ci représentent 40% de la production de plastique selon PlasticsEurope et 61% des déchets plastiques générés dans l’Union européenne. Ce sont les emballages les moins bien recyclés, avec un taux moyen de 29 à 32% en 2018, revu à la baisse en appliquant le nouveau mode de calcul en vigueur depuis janvier 2020. Eurostat tablait sur 41,9% en 2017. L’incinération avec valorisation énergétique touche 42,6% des emballages collectés et l’enfouissement 24,9%.

Dans sa stratégie vers une économie plus circulaire, la Commission européenne vise 100% d’emballages en plastique réutilisables ou recyclables dans des conditions économiquement viables en 2030. Autres objectifs: atteindre 50% de recyclage des déchets d’emballages en plastique en 2025 et 55% en 2030, selon la directive Emballages révisée dans le cadre du Paquet Economie circulaire. Ce ne sera possible qu’en adoptant des mesures musclées.

Plastiques agricoles hors champ

A commencer par cibler les plastiques qui ne sont visés par aucun objectif contraignant, comme ceux de l’agriculture[1]. Leur utilisation ne cesse pourtant de croître avec 1,7 million de tonnes de plastiques utilisés en 2017 (films d’ensilage, serres et tunnels, films de paillage, tuyaux d’irrigation, filets et ficelles). Leur taux de recyclage -28%- est inférieur à celui des emballages.

Surtout, à peine 70% d’entre des déchets plastiques agricoles sont collectés, ce qui laisse à penser que les autres sont abandonnés dans les champs ou brûlés illégalement. A noter que des aides de la PAC[2] permettent de remplacer des tunnels en plastique par des tunnels en verre et en acier. Reste à convaincre les agriculteurs.

Eco-conception : des exigences à revoir

La synthèse de l’ECA pointe aussi l’inadéquation des exigences européennes en matière d’éco-conception des emballages. «Non adaptées aux besoins actuels, ces exigences devraient au contraire encourager le réemploi ou le recyclage, préciser quels sont les emballages problématiques pour la collecte et la transformation, être plus ambitieuses en matière de prévention, et favoriser l’offre et la demande de matériaux recyclés», écrivent les auditeurs.

Aujourd’hui, 4 millions de tonnes de plastiques recyclés sont utilisés en Europe. Pour atteindre les 10 Mt de matières incorporées visées par Bruxelles en 2025, de nouveaux industriels devront rejoindre l’alliance des plastiques circulaires, qui regroupait 225 partenaires fin juillet. 

Des filières REP peu incitatives

Autre problème : les filières à responsabilité élargie du producteur (REP) sur les emballages ont favorisé la légèreté des emballages (le paiement des éco-contributions varie le plus souvent en fonction de leur poids) mais pas leur recyclabilité. Ainsi une bouteille de 50 centilitres en PET[3] s’est allégée de 24 grammes en 1990 à 9,5 g en 2013. Avec le risque d’être constituée de plusieurs couches de plastique, moins facilement recyclables. Seule une véritable éco-modulation des contributions des fabricants, favorisant la recyclabilité des emballages, pourra donc être efficace, sur le modèle du fonds néerlandais pour les déchets d’emballages[4].

Des fonds à mobiliser

Une bonne nouvelle toutefois, l’UE a prévu des fonds de soutien à l’implantation d’installations de collecte, tri et recyclage, qui sont largement sous-utilisés selon l’ECA : mesures 17 et 18 de la politique de cohésion, Horizon 2020 et programme Life. Leur mobilisation s’avère d’autant plus urgente que leur exportation sera soumise, à partir de 2021, à l’accord de l’Etat destinataire en vertu de la convention de Bâle. Seuls seront autorisés les transferts de «plastiques recyclables non contaminés, pré-triés, exempts de tout matériau non recyclable et ayant fait l’objet d’une préparation en vue d’un recyclage écologiquement rationnel».



[1] Même chose pour les plastiques de l’automobile, la construction et les équipements électriques et électroniques

[2] Politique agricole commune

[3] Polyéthylène téréphtalate

[4] Afvalfonds Verpakkingen