Le réchauffement, accélérateur de canicule en Sibérie

Le 16 juillet 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Verkhoïansk détient le record mondial de différentiel thermique entre l'hiver (-64°C) et l'été (+38°C).
Verkhoïansk détient le record mondial de différentiel thermique entre l'hiver (-64°C) et l'été (+38°C).
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L’extrême nord-est de la Russie subit une incroyable canicule depuis le début de l’année. La faute au réchauffement, estime un réseau scientifique international.

Les écrits des survivants du goulag en attestent. Il peut faire très chaud en Sibérie. En été, le mercure taquine régulièrement les 30 °C, même à des latitudes proches du cercle arctique. Le 20 juin dernier, les thermomètres ont affiché la température de 38 °C, dans la petite ville de Verkhoïansk (Yakoutie). Un record validé par l’organisation météorologique mondiale. Mais plus que de subir un coup de chaud estival, l’ancienne colonie cosaque est véritablement sous le coup d’une anomalie climatique inédite.

De quoi intéresser les climatologues. «Ce n’est pas la première vague de chaleur que l’on observe en Sibérie. Ce qui est surprenant, c’est d’avoir relevé des températures superficielles supérieures de 5 °C à la normale sur une période de six mois», explique Patrick Josse, directeur de la climatologie et des services climatiques de Météo France.

évaluer le rôle du réchauffement

Les scientifiques du réseau international World Weather Attribution (WWA) tentent d’évaluer la part que joue le changement climatique dans la multiplication ou l’accroissement d’intensité des phénomènes météorologiques. Pour ce faire, ils réalisent des études d’attribution.

Des feux carbonés. En Sibérie, qui dit longue canicule, dit sécheresse et incendies. Le triptique se vérifie une fois de plus. En Yakoutie, le service russe de protection aérienne de la forêt lutte contre 197 incendies, sur 43.000 hectares. Depuis le début de l’année, les feux de forêts sibériens ont relâché 59 Mt CO2 dans l’atmosphère: plus que la Suisse en une année.

Grosso modo, il s’agit de comparer les observations (les relevés de température, en l’occurrence) aux résultats de modélisations, réalisées avec le climat actuel et un climat (fictif) «non réchauffé». Un travail fastidieux auquel se sont attaqué 14 scientifiques de 7 centres de recherche, dont Météo France.

impossible sans changement climatique

Publiée ce jeudi 16 juillet, La conclusion fait, paradoxe, froid dans le dos: «avec le climat, réchauffé, actuel, la survenue d’une aussi longue période de canicule en Sibérie est de l’ordre d’une fois tous les 130 ans, résume Patrick Josse. Avec un climat non réchauffé, tel qu’il existait avant la période industrielle, cette occurrence serait d’une fois tous les 80.000 ans.» Dit autrement, l’anomalie climatique que vit la Sibérie depuis le début de l’année n’aurait pu subvenir sans les apports thermiques du réchauffement.

Des constats de ce genre se multiplient. En janvier dernier, le WWA avait déjà pointé du doigt la responsabilité des changements climatiques dans l’accroissement du risque d’incendies dans le sud-ouest de l’Australie. Le réseau international avait également montré que le réchauffement avait accru d’un facteur 10 à 20 les risques d’occurrence de canicule comparable à celle qui a frappé l’Europe occidentale en juin 2019. Cet épisode avait tué plusieurs milliers de personnes, selon les autorités sanitaires européennes.

des données utiles à l'adaptation

Relativement performantes pour les courbes de températures, les études d’attribution restent, en revanche, peu probantes, faute de données, pour les tempêtes et les épisodes de précipitation intenses. «Cela devrait progresser avec la mise en service de modèles climatiques à mailles plus fines», estime Patrick Josse. Des travaux qui intéresseront bigrement les responsables en charge des politiques d’adaptation.