Lactalis épinglé pour de nombreuses pollutions de cours d’eau

Le 20 octobre 2020 par Stéphanie Senet
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La fromagerie Etoile du Vercors déverse encore ses eaux usées non traitées dans l'Isère
La fromagerie Etoile du Vercors déverse encore ses eaux usées non traitées dans l'Isère

Une enquête publiée le 19 octobre sur le site d’investigation Disclose révèle que 38 des 60 sites du groupe laitier en France ont commis des infractions au code de l’environnement depuis 2010.

C’est l’histoire d’un groupe qui cultive l’opacité depuis sa création en 1933. Dans le premier épisode de leur enquête publiée sur le site Disclose[1], quatre journalistes affirment que le nom de Lactalis n’apparaît ni sur ses installations (60 en France) ni sur les produits sortant de ses lignes de fabrication (Camembert Président, Roquefort Société, lait Lactel, petits pots La Laitière), «pour jouer la carte du terroir et de l’authenticité plutôt que celle de poids lourds de l’industrie agroalimentaire». Derrière le voile du secret, leur investigation d’un an leur a fait découvrir des manquements à la sécurité alimentaire, la pollution de rivières, la dissimulation d’informations, une évasion fiscale à grande échelle et une chasse aux lanceurs d’alerte.

Des infractions provenant de 38 usines

Côté pollution, la liste est déjà longue… Si les rejets illégaux de lactose dans la Seiche (Ile-et-Vilaine) et d’eaux usées dans l’Isère étaient déjà connus, ce sont pas moins de 38 usines au total qui ont commis ou commettent encore des infractions au code de l’environnement, selon l’enquête basée sur les réponses de Directions régionales de l’environnement (Dreal) et de Directions départementales de la cohésion sociale et de la protection des populations (Ddcspp).

Les auteurs ont listé un dépassement, en France, des rejets polluants autorisés par arrêté préfectoral (sur 34 sites), dépassement du volume d’effluents autorisé (19 sites), pollution de cours d’eau (17 sites), défaillance de l’auto-surveillance (14 sites), dépassement des prélèvements d’eau autorisés (8 sites), mise en demeure préfectorale non suivie d’effets (8 sites), pollution aquatique avec mortalité piscicole avérée (7 sites). Le groupe, qui dispose de 250 installations dans 50 pays, affiche un chiffre d’affaires annuel de 18,5 milliards d’euros.

La fédération France Nature Environnement (FNE) a annoncé qu’elle allait porter plainte concernant le site de Riom (Puy-de-Dôme), jugeant «solides» les documents apportés par le site Disclose. Ceux-ci font état d’une pollution de la Véronne en juin, juillet et août dernier.

Deux solutions pérennes ou presque

Dans un communiqué publié le 19 octobre octobre, le groupe Lactalis a réagi en affirmant que «sur les trois dernières années, plus de 20 millions d’euros ont été consacrés à la seule modernisation des stations d’épuration sur ces sites». Il reconnaît aussi que «certaines installations peuvent être à l’origine de dépassements ponctuels. Concernant les cas historiques de Saint-Just-de-Claix et de Retiers (Isère et Ile-et-Vilaine, ndlr), des solutions pérennes ont été mises en place, ce qui n’est pas précisé dans l’article de Disclose». Dans le premier cas, «une station d’épuration est désormais opérationnelle». Dans le second, «la restauration du milieu naturel a été retenue», sans davantage de précision... Et quid des autres usines ?

 

 



[1] Réalisée en partenariat avec Mediapart, Brut, France Culture, The Guardian, Envoyé Spécial (France 2) et le site Le Poulpe. Les prochains épisodes seront publiés chaque jour jusqu’à vendredi.