Le coup de pouce vélo pédale dans la semoule

Le 25 mai 2020 par Victor Miget
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45.000 réparations déjà finalisées dans le cadre du "coup de pouce vélo".
45.000 réparations déjà finalisées dans le cadre du "coup de pouce vélo".
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Depuis le 11 mai dernier, « le coup de pouce vélo » a rencontré un vif intérêt. Mais de nombreux réparateurs regrettent la complexité du dispositif.

 

Trois semaines après son lancement, l’aide forfaitaire de 50 euros pour remettre en état des vélos est un succès. 45.000 réparations déjà finalisées chez 2.300 réparateurs, pour un montant total versé de 2 millions d’euros. Malgré ces chiffres plus qu’encourageant, de nombreux responsables d’ateliers de réparation dissimulent mal leur mécontentement. C’est ce qui ressort de témoignages récoltés par Isabelle Lesens, conseillère d’arrondissement (Paris 15°), déléguée à l’espace public et aux mobilités actives.

Usine à gaz

Débordés, par l’avalanche de demandes «coup de pouce», les réparateurs ’agacent de la lourdeur administrative de la procédure. D’après certains témoignages, un quart d’heure est nécessaire au traitement d’une demande. Découragés, certains jettent l’éponge. Le réparateur Cycles Sancerrois expliquait sur Twitter qu’il ne participerait pas au dispositif, pour ne pas devoir respecter scrupuleusement à chaque demande d’intervention 11 pages de procédure. Le professionnel doit lui-même compléter un dossier, noter les réparations à effectuer, prendre des photos du vélo, poster le tout sur la plateforme, éditer une facture…

Une procédure longue certes, mais indispensable se défend Olivier Schneider, président de la fédération des Usagers de la bicyclette (FUB). L’association chargée de la mise en place de la plateforme. « Le dispositif est financé par les certificats d’économie d’énergie [...] Il y a donc des obligations légales. Nous devons fournir des preuves de ce qui a été réalisé sur les vélos. Et ce, afin d’éviter la fraude».

Sans ce dispositif de traçage, des clients pourraient par exemple toucher le coup de pouce plusieurs fois. Les clients ne pourrait-il pas remplir leur dossier eux-mêmes? Ingérable selon Olivier Schneider. «Imaginons que 300.000 personnes fassent les démarches. Il faudrait mobiliser 10 fois plus de moyens humains pour s’assurer de la conformité des déclarations.» Or, les réparateurs agréés, ne sont qu’un peu plus de 3000.

D’autant que, selon lui, c’est aussi un moyen d’éviter qu’une tranche de la population ne reste sur le bas-côté. «Il est primordial que l’offre soit faite par le vendeur. Car ceux (les clients ndlr) qui ne savent pas se servir d’internet serait les premiers à en pâtir.» N’en déplaise à certains ateliers associatifs qui se sont vu obligé d’installer la Wifi, comme le rapporte Isabelle Lesens.

Freins technologiques

Contourner la fracture numérique pourquoi pas? Encore faut-il que cela fonctionne. Olivier Schneider évoque des retours concernant des problèmes de connectivités entre la plateforme et certains opérateurs téléphoniques. D’autres témoignages font état de dossiers périmés un quart d’heure après leur envoi. La faute à la précipitation. Le dispositif devait être opérationnel  le 11 mai. Il a donc fallu aller à l’essentiel. Olivier Schneider assure que la FUB travaille à régler les problèmes et à simplifier la procédure.

Autre soucis : les délais de versement des 50 euros. «On est un petit peu dans le flou parce qu'on n'a toujours pas été remboursé des premières demandes », rapporte sur  France Bleu un réparateur du Calvados. Ce dernier s’inquiétant de savoir s’il s’était trompé dans ses démarches. Olivier Schneider rappelle que «les premiers virements ont dû arriver vendredi (22 mai ndlr). Ce qui devrait rassurer les acteurs sur la fiabilité du dispositif. S’il y a des erreurs manifestent, nous les corrigerons.»