Le climat encore plus sensible au CO2?

Le 15 juin 2020 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Les nuages, un effet climatique incertain
Les nuages, un effet climatique incertain
VLDT

A quelques mois de la publication du premier tome du sixième rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), de nouvelles données évoquent la possibilité d’un système climatique plus sensible au CO2 qu’on le pensait jusqu’alors.

Malgré des modèles qui ne cessent de s’affiner, le climat mondial demeure empreint de nombreuses incertitudes. Parmi celles-ci, la sensibilité du climat à l’élévation du taux atmosphérique de CO2, à savoir l’élévation de la température moyenne mondiale en cas de doublement par rapport au niveau préindustriel de 280 parties par million (ppm)[i].

A ce jour, les diverses études aboutissent à des données comprises entre +2 et +4,5 °C, avec une forte concentration autour de la valeur de +3 °C. Or plusieurs jeux de données actuellement en cours de discussion au Giec, dont celui du Met Office britannique, font état d’une sensibilité bien plus élevée, qui atteindrait jusqu’à +5 °C.

Point important: il ne s’agit là que d’une sensibilité à l’équilibre, lorsque l’excès de CO2 aura fini de se répartir dans l’ensemble des compartiments du système terrestre (terres et océans), dans plusieurs siècles. Toutefois, cette possible révision à la hausse suggère que le changement climatique pourrait être plus rapide que prévu jusqu’alors. Et que l’objectif de +1,5 °C, pour qui y croyait encore, pourrait être définitivement enterré.

Des nuages difficiles à cerner

En cause derrière cette possible remise en cause, de nouvelles données sur les nuages, qui figurent parmi les grandes inconnues climatiques. Car les nuages ont un impact très variable sur le climat, selon leur altitude: ceux situés en hauteur accroissent l’effet de serre, tandis que ceux de faible élévation réfléchissent le rayonnement incident. Leur composition joue aussi: lorsqu’ils chargés d’eau, ils constituent une meilleure barrière contre l’énergie solaire que ceux constitués de glace.

Avec le réchauffement, les nuages chargés de glace devraient se faire moins fréquents, au détriment de ceux constitués d’eau liquide. Or de récentes données du satellite CloudSAT/CALIPSO révèlent que les nuages chargés d’eau seraient plus fréquents qu’on le pensait. Dès lors, cet effet d’atténuation climatique de la transition glace-eau serait bien moins élevé que prévu jusqu’alors. D’où une sensibilité climatique accrue.

Les nuages, à traiter comme «un risque»

«La difficulté tient à la complexité du système. On comprend comment se forme un nuage, on comprend ses effets sur la météorologie à court terme, mais il est difficile de savoir comment ils vont se développer à long terme, de manière différente d’aujourd’hui. C’est très difficile car les nuages ont des effets contradictoires, dont on ne sait pas lesquels vont l’emporter», explique le climatologue Hervé Le Treut, ex-directeur de l’Institut Pierre-Simon-Laplace (IPSL), contacté par le JDLE.

«Tout n’est pas prévisible dans ce monde: on peut imaginer connaître un peu mieux les fourchettes [de sensibilité climatique], mais avant toute chose il s’agit d’un problème difficile qui doit être traité comme un risque. La première chose à faire, c’est de réduire nos émissions au plus vite», estime-t-il. Car bien plus que les nuages, ce sont ces émissions qui dicteront l’avenir climatique.



[i] Au rythme actuel de nos émissions, ce niveau de 560 ppm pourrait être atteint vers 2060.