Le ciel français bientôt traversé par des dirigeables

Le 23 juillet 2020 par Victor Miget
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Le dirigeable sera construit en Gironde.
Le dirigeable sera construit en Gironde.
Flying Whales

L’entreprise française Flying Whales va s'implanter à Laruscade en Nouvelle-Aquitaine pour produire des dirigeables de transport de charges lourdes. Romain Schalck, responsable marchés, nous en dit plus.

 

Quelle est la genèse du projet ?

Flying Whales est née en 2012 d’une discussion entre Sébastien Bougon (l’actuel PDG ndlr) et les dirigeants de l’Office Nationale des Forêts. Ils exprimaient un paradoxe : nous avons l’une des plus grandes ressource forestière d’Europe, mais continuons pourtant à importer du bois. L’une des raisons est due à l’inaccessibilité desdites ressources, car situées en zone montagneuse par exemple. La question était de savoir comment augmenter ces prélèvements de bois pour mieux les valoriser ? Et ce, sans construire des pistes coûteuses financièrement et environnementalement, ou en surexploitant les infrastructures routières existantes. De là est née l’idée du dirigeable. Il aurait la capacité de charger et décharger des dizaines de tonnes sans besoin d’infrastructure. Opérationnellement, l’aéronef se place en vol stationnaire au-dessus d’un site puis un système de treuils vient stocker le bois dans une soute.

Quelles sont les caractéristiques techniques du dirigeable ?  

L’appareil mesurera 150 m de long, 40 m de haut, pour une capacité de charges de 60 tonnes. Il se composera d’un squelette rigide en poutres de carbone autour duquel nous tendrons un textile. A l’intérieur de la structure, plusieurs cellules seront remplies d’hélium. Une fois que le dirigeable sera en vol, l’hélium s’expansera en fonction de l’altitude.

L’appareil embarquera un moteur à propulsion hybride. Du kérosène aéronautique sera utilisé pour produire de l’électricité qui propulsera l’appareil. Cette solution permet de réduire les émissions. Comparé à des hélicoptères gros porteurs, nous consommerons entre 5 et 10 fois moins d’énergie à la tonne transportée. A termes, l’objectif est d’avoir un appareil propulsé par à une pile à hydrogène.

Concernant le bruit, cela dépendra du matériel sélectionné. Mais a priori nous ne devrions pas être plus bruyants qu’un hélicoptère.

Pourquoi avoir choisi la région Nouvelle-Aquitaine pour site de production ?

En termes de développement, le programme s’est accéléré entre 2016 et 2017. Nous avons fait une levée de fonds qui nous a permis de capter nos premiers soutiens : Avic (Le Airbus chinois ndlr), l’ONF et la région Nouvelle-Aquitaine. Pourquoi cette région ? Parce qu’en parallèle nous étions en train de créer un consortium industriel d’entreprises capables de répondre à nos besoins. Epsilon Composite une entreprise basée en Nouvelle-Aquitaine, se chargera de produire nos poutres en carbone. Partant de là, la région nous a accordé sa confiance. L’usine se trouvera donc à Laruscade en Gironde.  

Où en êtes-vous du montage financier ?

Le programme nécessite environ 450 millions d’euros (M€) (usine et premier dirigeable compris ndlr). Notre dernière levée de fonds en 2019 nous a permis de capter 30 M€. En 2017 et 2018, nous avons bénéficié d’un soutien de la BPI à hauteur de 25 M€... Nous avançons. Même s’il est clair que nous devons trouver d’autres soutiens, les voyants sont au vert. Sur notre dernière levée de fonds nous avons été rejoints par Aéroports de Paris (ADP), Bouygues, le gouvernement du Québec et Air liquide.

Quel est le calendrier ?

Si tout se passe bien, les travaux de l’usine débuteront mi-2021, pour une livraison fin 2022. L’assemblage du premier dirigeable commencera en 2023 et durera environ un an. Concernant le bâtiment, il s’étendra sur 50 hectares. Il sera très imposant. Il s’agira donc de l’intégrer au mieux dans son milieu naturel, avec le moins de béton possible et des espaces verts. Nous ne voulons pas bâtir un cube industriel. C’est pourquoi nous avons sélectionné un cabinet d’architecte pour assurer la maîtrise d’œuvre. En parallèle, nous ferons de la récupération de l’eau l’une de nos priorités, et allons lancer des études de performances énergétiques, pour réfléchir à l’alimentation du site.