Le chacal doré, nouvel arrivant durable

Le 28 janvier 2021 par Romain Loury
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Un chacal doré observé dans un écoduc
Un chacal doré observé dans un écoduc
Vinci autoroutes réseau ASF

Après le renard et le loup, la France compte désormais un nouveau canidé sauvage sur son territoire: le chacal doré, originaire des Balkans. Après la Haute-Savoie fin 2017, l’animal a été observé fin 2020 aux environs de Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône).

Présent du sud-est asiatique jusque dans le sud-est de l’Europe, le chacal doré eurasiatique (Canis aureus), à distinguer du loup doré africain (Canis anthus) présent en Afrique du Nord, est arrivé dans les Balkans il y a quelques millénaires, se cantonnant d’abord à la Croatie, à la Bulgarie et à la Grèce.

Depuis le 20ème siècle, ce canidé, capable de franchir des milliers de kilomètres, tend à coloniser le reste de l’Europe. Il est désormais observé jusqu’en Italie, en Allemagne (peut-être en Belgique) et en Suisse. Fin 2017, puis début 2018, de premières observations de chacal doré ont été effectuées en France, en l’occurrence dans la région du Chablais (Haute-Savoie), grâce à des pièges photographiques.

Rebelote en novembre et décembre 2020, cette fois-ci dans les Bouches-du-Rhône: installé dans un écoduc passant sous l’autoroute A7 à proximité de Salon-de-Provence, un piège photographique a confirmé la présence d’un (ou de) chacal(s) doré(s).

Un chacal, des chacals

Contacté par le JDLE, Nathan Ranc, postdoctorant en écologie des carnivores à l’université de Californie (Santa Cruz) et spécialiste du chacal doré, indique que, avec les seuls pièges photographiques, il est impossible d’affirmer s’il s’agit d’un seul ou de plusieurs individus, en raison d’une faible variabilité interindividuelle.

La thèse d’individus isolés semble toutefois plus réaliste: «quand ils sont plusieurs, les chacals font du bruit, poussent des hurlements, ce qui passe difficilement inaperçu», indique le chercheur.

Quant à la provenance de ces chacals, il est pour l’heure difficile de la déterminer, faute d’éléments génétiques à analyser. Si l’Italie dispose d’un petit noyau en expansion, la Hongrie présente des effectifs bien plus conséquents, qui eux aussi essaiment vers d’autres pays.

Une expansion favorisée par l’homme

Comment expliquer cette expansion du chacal balkanique vers le nord et l’ouest? «Au cours du 20ème siècle, le déboisement et la persécution du loup [compétiteur du chacal, supérieur à lui] ont soulevé le couvercle, favorisant la progression du chacal», explique Nathan Ranc. Freiné par l’empoisonnement jusque dans les années 1970, il s’est de nouveau étendu par la suite.

«Il n’y a plus grand-chose pour limiter son expansion, d’autant que c’est une espèce généraliste, qui se complait dans une grande diversité d’habitats. Comme le renard roux et l’étourneau sansonnet, c’est un gagnant des changements environnementaux en cours», ajoute le chercheur.

A priori similaire à celle du loup, revenu en France en 1992, la situation du chacal doré est pourtant bien différente: «le loup part à la reconquête d’un territoire qu’il a perdu, le chacal part à la conquête d’un espace qu’il n’a jamais occupé», indique Nathan Ranc. Quant à un éventuel effet du confinement, la rareté des observations ne permet pas de trancher.

Une conquête inéluctable

Selon le chercheur, une plus large colonisation du territoire français semble inéluctable: «tous les ans, on va ajouter des régions. Comparé à d’autres mammifères, le chacal progresse à une très grande rapidité». Quant à la reproduction en France, il est possible qu’elle ne soit pas immédiate: «en Slovénie, il s’est écoulé une vingtaine d’années entre les premières observations de chacal et les premières reproductions».

A priori, la présence du chacal ne pose pas de problème majeur pour l’homme ou l’environnement. Essentiellement charognard, il peut parfois chasser de petites proies (campagnols, marcassins, lièvres, perdrix, etc.), mais il ne semble pas présenter de conflit majeur avec l’élevage, du moins en Europe de l’est. Le risque de zoonoses (échinococcose, brucellose, leishmaniose, rage) semble lui aussi limité. Seul perdant potentiel, le renard: d’une taille inférieure au chacal (6 à 10 kg pour premier, contre 7 à 17 kg pour le second), il pourrait pâtir de la compétition, d’autant que leurs habitudes alimentaires se chevauchent partiellement.