La transition énergétique, avec ou sans Trump

Le 30 octobre 2020 par Romain Loury
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Avec ou sans Trump, les USA consomment toujours moins de charbon.
Avec ou sans Trump, les USA consomment toujours moins de charbon.
AEP

A première vue, une élection de Joseph Biden, nettement plus résolu à lutter contre le réchauffement, serait une bien meilleure nouvelle pour le climat que celle de Donald Trump. Pas si simple, soulignent des experts britanniques, qui jugent que la transition écologique, désormais bien lancée aux Etats-Unis, continuera sur sa lancée.

Rarement le choix entre deux candidats à l’élection présidentielle américaine aura été aussi tranché en matière climatique. D’une part, Donald Trump, climatosceptique notoire qui a annoncé en juin 2017 la sortie des Etats-Unis de l’accord de Paris, et affiche un soutien appuyé au charbon. D’autre part, Joe Biden, vice-président de Barack Obama, qui s’est engagé à revenir dans l’accord de Paris, et affiche sa résolution climatique.

Une transition qui s’accélère

Au-delà de cette opposition frontale, quelles seront les conséquences sur le rythme de la transition écologique aux Etats-Unis? Malgré les rodomontades de Trump, celle-ci n’a cessé de s’accélérer au cours de son mandat: en 2019, le charbon, secteur dont l’emploi ne cesse de reculer malgré les promesses de Trump, a ainsi vu ses capacités diminuer de 14 gigawatts (GW). Au cours des quatre dernières années, cette baisse de capacité a été plus prononcée que pendant les deux mandats de Barack Obama.

Egalement en 2019, la capacité de production d’électricité solaire a progressé de près 6 GW, celle d’électricité éolienne d’environ 9 Gw. Après la Chine, les Etats-Unis constituent ainsi le deuxième marché mondial de l’éolien. De plus, nombreux sont les Etats et les villes à s’être démarqués de la politique climatique de leur président: dix Etats, Californie en tête, affichent ainsi un objectif de neutralité carbone en 2050, tandis que six autres ont annoncé leur attachement à l’accord de Paris.

Face à un tel mouvement de fond, que peut-on attendre d’une réélection de Donald Trump sur la transition énergétique? Interrogés à ce sujet lors d’un débat organisé mercredi 26 octobre par l’ONG Energy & Climate Intelligence Unit (ECIU), plusieurs experts se sont montrés confiants dans la solidité du processus en cours, qui dépasse largement les décisions prises à la Maison blanche.

Les Etats, moteurs de la transition américaine

Selon Rachel Kyte, doyenne de l’Ecole de droit et de diplomatie Flectcher (Massachusetts) et ancienne envoyée spéciale de la Banque mondiale pour le climat, «la transition est inexorable. A nous maintenant de souligner où vont les capitaux, où les jeunes gens veulent travailler. Quand je parle avec des banquiers, ils évoquent la vitesse à laquelle ce processus s’accélère. Les récentes annonces de la Chine, du Japon, et de la Corée [celles d’une neutralité carbone d’ici le milieu du siècle, ndlr] vont renforcer cela. Je ne pense pas que [l’administration Trump] puisse désormais renverser la vapeur».

«Quand on voit le niveau des investissements en Californie, au Colorado, en Arizona, en Floride, au Massachusetts, on voit bien que les Etats s’engagent sur cette voie, car c’est là que se trouve l’emploi, c’est de là que viendra la résilience. [En cas de réélection de Donald Trump], il pourrait y avoir une déconnexion croissante entre le niveau fédéral et les Etats, mais ces derniers vont de l’avant, et je ne vois pas ce qui pourrait interrompre cela», ajoute Rachel Kyte.

Trump, une tension aux effets positifs?

S’excusant d’emblée du caractère «contre-intuitif» de sa remarque, Tom Tugenhadt, député britannique conservateur et président de la commission des affaires étrangères de la Chambre des Communes, dit ne pas être certain que «Donald Trump a été aussi inutile que cela». «Le clash entre l’administration fédérale et celles des Etats, en partie celle de Californie, n’a-t-il pas justement accéléré cette ruée vers la transition, qui peut-être a amené les Etats-Unis à un niveau plus avancé qu’ils n’y auraient été s’il s’était agi d’un projet fédéral?»

«Bien sûr, Joe Biden aura bien plus certainement un projet fédéral en matière de climat. Il en parle en soulignant très fortement l’importance de la coopération internationale, or c’est un exercice très difficile. S’il n’y parvient pas, va-t-il stopper ses efforts, ou bien continuera-t-il seul? Si le futur président Biden échoue dans cette coopération internationale, est-ce que cela décidera les autres pays à agir tout de même, ou vont-ils freiner au motif qu’ils avaient prévu de travailler avec ce président?», s’interroge le député britannique.