La stratégie nationale sur les protéines végétales est enfin semée

Le 01 décembre 2020 par Stéphanie Senet
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Objectif: accroître de 40% en 3 ans la production nationale de légumineuses et d'oléagineux
Objectif: accroître de 40% en 3 ans la production nationale de légumineuses et d'oléagineux

Le ministre de l’agriculture a présenté, ce 1er décembre, le plan Protéines visant à accroître de 40%, en trois ans, les surfaces de production de légumineuses et d’oléagineux.

«Le premier objectif, c’est avant tout un objectif de souveraineté alimentaire. Il faut augmenter notre autonomie protéique qui ne représente que 50% de notre consommation, si l’on cible les grandes cultures», a détaillé le ministre de l’agriculture Julien Denormandie. Autres objectifs affichés : «un enjeu environnemental», par la réduction de la déforestation importée liée à la consommation de soja brésilien, alors que la France s’est engagée en 2018 à y mettre fin en 2030 pour les produits agricoles et forestiers non durables, ainsi qu’un «débouché supplémentaire pour les agriculteurs».

Légumineuses et oléagineux

Annoncée de longue date et reportée à plusieurs reprises, cette stratégie nationale vise les finalement les légumineuses destinées à l’alimentation animale et humaine (soja, lupin, pois, féverole, luzerne, trèfle, sainfoin, lotier, vesce, lentilles, pois chiches, petits pois, haricots, pois cassés, fèves) ainsi que les oléagineux (colza, tournesol, lin).

«Ces cultures représentent près d’1 million d’hectares aujourd’hui. Nous visons un objectif intermédiaire d’une hausse de 40% dans les trois ans, pour atteindre, un doublement des surfaces en 2030, soit environ 2 millions d’hectares ou 8% de la  surface agricole utile», affirme Julien Denormandie, qui n’a pas précisé l’année de référence.

50 M€ pour la structuration des filières

Par ailleurs, le fléchage des 100 millions d’euros accordés le 3 septembre dans le cadre du plan de relance, a été précisé. La moitié (50 M€) servira à structurer les filières pour accroître la surface des légumineuses, tandis que des aides couplées issues de la prochaine PAC seront dédiées à la hausse de production d’oléagineux.

20 M€ pour les semences et matériels

Ensuite, 20 M€ serviront pour moitié à acheter des semences pour accroître le potentiel protéique des prairies et pour moitié à l’achat de matériels destinés à distribuer l’alimentation au bétail.

30 M€ pour la R&D et l’alimentation humaine

Enfin, 30 M€ sont fléchés vers la R&D en matière de semences (20 M€) et de nouvelles formes de protéines comme les protéines d’insectes pour la pisciculture (7 M€). De quoi réjouir les start-up françaises Ynsect et InnovaFeed. Le reste est dédié à l’accompagnement des pratiques alimentaires (3 M€), comme la hausse de légumineuses secs dans l’alimentation des enfants préconisée par le PNNS[1].

Par ailleurs, des financements supplémentaires seront attribués «via le plan d’investissements d’avenir et BPI France. Les premiers appels à projets, dont les montants ne sont pas encore connus, seront lancés début 2021», a ajouté Julien Denormandie.

Un objectif de la SNBC

L’annonce entre en tout cas dans les clous de la SNBC, dont les objectifs prenaient toutefois pour référence l’année 2015. «Au plan climatique, la Stratégie nationale bas carbone recommande de quasiment doubler les surfaces dédiées à la seule culture de légumineuses en France en 2030 et de les quadrupler en 2050 pour atteindre respectivement 660.000 hectares puis 1,6 M ha contre 392.000 ha en 2015», note Pierre-Marie Aubert, spécialiste des questions agricoles à l’Iddri. A noter que la production de légumineuses a légèrement progressé en 2017 pour atteindre 457.000 ha.

«Cette stratégie est favorable au climat bien sûr, mais aussi à la biodiversité et à la qualité de l’eau et de l’air puisqu’en agissant sur les pratiques culturales, et en allongeant les rotations, on réduit les engrais azotés et à terme les pesticides», observe Cécile Détang-Dessendre, directrice de recherche à Inrae.

De son côté, le Réseau Action Climat émet plusieurs bémols. «Cette stratégie est une bonne chose car nous avons besoin d’améliorer l’autonomie de la France vis-à-vis des importations, d’avoir plus de légumineuses dans les rotations et d’augmenter la consommation de légumes secs. Mais l’autonomie protéique ne sera atteinte, au profit des éleveurs, que si en parallèle on réduit la surproduction et la surconsommation de produits animaux, en particulier issus des élevages industriels», estime l’ONG. «Par ailleurs, l’engagement des filières à accroître les surfaces de légumineuses et d’oléagineux n’inclut aucun critère de durabilité».



[1] Programme national nutrition santé