La stratégie bas carbone britannique se précise

Le 10 novembre 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'Angleterre pourrait aussi s'équiper de réacteurs nucléaires américains.
L'Angleterre pourrait aussi s'équiper de réacteurs nucléaires américains.
Westinghouse

Le pays-hôte de la COP 26 peaufine sa stratégie de neutralité carbone. Au menu de cet épisode: les énergies décarbonées.

Boris Johnson fait durer le suspens. Le premier ministre britannique a choisi de présenter la stratégie énergétique bas carbone du Royaume-Uni en plusieurs fois. Le 6 novembre, le locataire du 10 Downing Street renforçait les objectifs de production d’électricité d’origine renouvelable. En 2030, les énergéticiens devront exploiter 40 GW de capacités éoliennes, 10 de plus qu’initialement prévu. Dans le lot, 1 GW seront produits par des éoliennes flottantes.

Dans les prochains jours, le chef du gouvernement de Sa Majesté devrait dévoiler un plan en 10 points pour placer l’industrie sur le chemin de la neutralité carbone, ainsi qu'un livre blanc. L’un des points les plus attendus de cet événement concerne le nucléaire. Boris Johnson devrait annoncer des prises de participation par l’Etat dans les prochains projets de centrales nucléaires, une idée avancée dès 2016. De quoi diminuer le risque financier pris par le principal investisseur. Réduisant de fait le coût financier du projet et, par conséquent, le coût de production du MWh.

contrat pour différence vs. RAB

Le projet le plus avancé est sans nul doute celui de Sizewell C. Sur cette plage du Suffolk, EDF Energy veut bâtir 2 réacteurs EPR NG, de 3.200 MWe. Le montant total du chantier pourrait s’élever à 20 Md£ (22 Md€). Le modèle économique de cette installation reposerait sur le Regulated Asset Base (RAB). Dans ce cadre, le régulateur des marchés de l’énergie (Ofgem) fixerait un «coût admissible» pour le projet ainsi que la rémunération des investisseurs.

Selon EDF Energy, le coût de production pourrait osciller entre 40 et 60 £/MWh (44-66 €MWh), moitié moins que les coûts annoncés pour la centrale de Hinkley Point C, en cours de construction et financée via un contrat pour différence.

Initialement, le groupe chinois CGNP devait participer au financement de Sizewell C, comme il le fait à Hinkley Point C. Ceci étant la contrepartie imposée par le Royaume-Uni pour que le partenaire historique d’EDF en Chine puisse espérer construire et exploiter, en Angleterre, un réacteur chinois à eau sous pression, le Hualong.

alliance américaine

Annoncé en 2016, ce schéma a du plomb dans l’aile. La récente reprise en main par la Chine de Hong Kong, ancienne colonie britannique, a fortement déplu à Londres. Jadis au beau fixe, les relations entre Londres et Pékin sont devenues exécrables.

Il ne sera pas dit qu’EDF sera seule aux commandes du futur nucléaire britannique. Selon la BBC, un consortium américain, menée par Bechtel, négocie avec Londres la réalisation d’une centrale nucléaire à Wylfa. Dans ce coin reculé du Pays-de-Galles, le Japonais Hitachi voulait construire deux réacteurs à eau bouillante. Un projet qui a fait long feu.

Adossé au constructeur de réacteurs Westinghouse (propriété du canadien Brookfield Asset Management) Bechtel entend bâtir deux réacteurs AP1000, de 1.500 MWe de puissance unitaire. Ces concurrents de l’EPR seraient exploités par des techniciens de Southern Company, le grand producteur d’électricité du sud des Etats-Unis. Le montant du projet est estimé à 20 Md£ (22 Md€). Exploitant 27 centrales à charbon, Southern est, accessoirement, l’un des plus grands émetteurs de CO2 des Etats-Unis.