La sobriété carnée, riche en émissions négatives

Le 07 septembre 2020 par Romain Loury
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Jusqu'à 10 ans d'émissions mondiales
Jusqu'à 10 ans d'émissions mondiales
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Réduire la consommation mondiale de viande permettrait non seulement de réduire nos émissions de gaz à effet de serre, mais engendrerait même des émissions négatives, en favorisant le stockage de carbone dans les sols, révèle une étude publiée lundi 7 septembre dans Nature Sustainability.

Dioxyde de carbone, méthane, protoxyde d’azote… l’élevage, la production d’aliments pour animaux et la consommation de viande sont de forts émetteurs de gaz à effet de serre (GES). Cette menace pour le climat est vouée à s’accroître, du fait de l’occidentalisation mondiale des régimes alimentaires.

Si réduire notre consommation de viande constitue une solution inéluctable pour freiner le réchauffement, l’étude menée par Matthew Hayek, du département des sciences environnementales à l’université de New York, et ses collègues révèle que cette piste d’atténuation engendrerait aussi des émissions négatives. Et ce du seul fait de la restauration des écosystèmes exploités pour l’élevage, rendus à la végétation naturelle. A ce jour, ce potentiel n’avait jamais l’objet d’un chiffrage aussi précis.

Dix ans d’émissions de GES

Selon les chercheurs, le potentiel actuel serait de 152,5 milliards de tonnes de carbone (GtC) au niveau mondial, dont 72% rien que dans les pâturages fréquentés par les animaux d’élevage – les 28% restants étant ancrés dans les sols cultivés pour les nourrir. Ce qui équivaut au total des émissions mondiales produites au cours de la dernière décennie.

A l’horizon 2050, généraliser le régime végétarien à l’ensemble de la planète permettrait d’absorber 547 milliards de tonnes de CO2 (GtCO2), soit 16 ans d’émissions fossiles. Ce qui accroîtrait de 163% le budget carbone (actuellement estimé à 335 GtCO2) qui nous permettra de garder 66% de chances de demeurer en-dessous d’un réchauffement de 1,5 °C.

Moins radical, un régime dont le contenu en viande serait réduit de 70%, comme le prône la commission d’experts EAT-Lancet, épongerait 332 GtCO2, soit 9 ans d’émissions mondiales. Le budget carbone serait quant à lui rehaussé de 99%.