La SNCF veut des TER moins carbonés

Le 23 septembre 2020 par Victor Miget
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Pour diminuer les émissions de son matériel roulant, la SNCF mise sur l’optimisation de l’exploitation et les nouvelles technologies.
Pour diminuer les émissions de son matériel roulant, la SNCF mise sur l’optimisation de l’exploitation et les nouvelles technologies.

Le transporteur lance un programme de décarbonation de ses trains régionaux. La protection du climat n’est pas la seule de ses motivations.

 

Alors que la fréquentation des TER avait progressé de 10 % entre 2016 et 2020, tout est à refaire avec la crise sanitaire. La SNCF tente de réconquérir ses usagers perdus  en misant sur leur fibre écologique. L’entreprise publique lance, ce 23 septembre, un programme de dépollution de ses trains régionaux. Soutenue par 11 régions, «la démarche Planeter» a 3 grands objectifs. Réduire les émissions annuelles de CO2 de 100.000 tonnes d’ici à 2025, baisser d’un tiers l’empreinte carbone des passagers, et convaincre les automobilistes français de prendre le train.

Plus de trains

Pour diminuer les émissions de son matériel roulant, l’entreprise mise sur l’optimisation de l’exploitation et les nouvelles technologies. L’éco-conduite des cheminots permettrait d’éviter l’émission de 18.700 tonnes de CO2 par an. «Les conducteurs seront formés avant 2022», assure Franck Lacroix, directeur général adjoint Territoires du Groupe SNCF et directeur général de TER.

Autre levier: l’éco-stationnement. En «retravaillant les standards de stationnement[1]», la SNCF compte économiser 48.000 tonnes de dioxyde de carbone à horizon 2025. Autre constat: «un train à l’heure consomme moins qu’un train en retard qui doit s’arrêter, redémarrer etc.», Ayant amélioré la ponctualité de ses TER de 30% depuis 2016, la SNCF assure avoir réduit ses émissions annuelles de 3.800 tonnes. «Notre objectif est de doubler ce chiffre à horizon 2025».

Moins de gaz carbonique, c’est aussi plus de monde dans les TER. Ils sont 8.200 à circuler quotidiennement. «Si chaque jour une personne en plus montait dans chaque train, ce sont 20.000 tonnes de CO2  qui seraient évitées chaque année. La SNCF vise les 500.000 tonnes». Pour y parvenir, elle compte proposer des offres commerciales attractives, tels les abonnements adaptés au télétravail (ce que propose déjà la région Provence-Alpes-Côte d’Azur), et aux entreprises afin que les déplacements professionnels se fassent sur le rail plutôt que l’asphalte.  

Avec ce plan, la SNCF anticipe aussi l’arrivée d’autres opérateurs dans le cadre de l’ouverture à la concurrence. «Notre volonté c’est de faire de cette arme environnementale un facteur de différenciation avec nos concurrents, ce n’est pas un hasard si nous le lançons aujourd’hui».

Déployer de nouvelles technologies

L’autre volet consiste à tourner la page du diesel à horizon 2035. Près de 600 rames sont encore exclusivement thermique et 500 bi-modes. La SNCF veut rénover 800 rames, dont la majorité carburent au gazole. C’est aussi en misant sur des technologies de substitutions qu’elle compte remplir cet objectif. Sont cités pêle-mêle TER au biocarburant, hybride, à batteries, à hydrogène, au biogaz… «Nous avons avancé sur ces 5 solutions», assure Franck Lacroix. 38 millions d’euros ont été investis avec les régions dans le train à batterie. Le premier pourrait circuler sur la ligne Marseille/Aix-en-Provence dès 2023. Si tout se passe bien.  

Lancé en décembre 2018, le train à hydrogène est de loin l’investissement le plus lourd (242 millions d’euros). Le programme, impliquant Alstom, les régions, l’Etat et la SNCF, prévoit de mettre sur rails 14 premières rames «qui feront, je l’espère, l’objet d’une commande auprès d’Alstom d’ici la fin de l’année». En France, le projet a pris un an de retard. A terme, ces trains à pile à combustible circuleront sur des lignes comme Toulouse/Monrejeau/Luchon. Rendez-vous est donné en 2023 pour les premiers essais espère Franck Lacroix.  

Le dernier né concerne le TER au biogaz. Mis sur la table par certaines régions, comme les Hauts-de-France, il s’agit ici de valoriser des filières énergétiques locales.

Quid des capacités financières de la SNCF ?

Reste à savoir si la Sncf pourra financer tous ces projets, souvent décidés avant la crise sanitaire. La covid-19 a occasionné 300 millions d’euros de manque à gagner pour les TER. Franck Lacroix se veut rassurant. «Ce sont les régions qui décident, car ce sont elles qui financent cela. Toutes sont convaincus qu’il ne faut pas reculer là-dessus […] aucune ne souhaite retarder nos programmes d’investissements». A la bonne heure.



[1] Pour des raisons pratiques, les trains vides ou à l’arrêt sont parfois toujours sous tension, ndlr.