La SNCF devrait pouvoir compter sur l’Etat

Le 24 juillet 2020 par Victor Miget
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L'Etat devrait investir plusieurs milliards d'euros dans la SNCF dont il est actionnaire unique.
L'Etat devrait investir plusieurs milliards d'euros dans la SNCF dont il est actionnaire unique.

Le ministre délégué aux Transports Jean-Baptiste Djebbari a affirmé, jeudi 23 juillet sur France Info, que l’Etat continuerait «d’investir de façon avisée» dans la SNCF.  

 

L’actionnaire unique du groupe SNCF se porte au chevet de son protégé. Alors que sa dette culmine à 40 Md€ et que l’Etat a déjà repris 35 Md€ de ladite dette, il devrait encore allonger quelques milliards pour assainir la situation de l’entreprise. «Soit on arrête d'investir et finalement, on ne demande que des économies à la SNCF, soit on investit en tant qu'actionnaire avisé et c'est ce que nous allons faire», a affirmé Jean-Baptiste Djebbari sur France Info

Le ministre délégué aux Transports n’a pas avancé de chiffre précis, mais a dit plancher sur deux scénarios possibles avec son collègue de Bercy, Bruno Lemaire. Au choix l’Etat reprend la dette de la SNCF, ou réinjecte des liquidités dans l'entreprise : «Ce sont les deux options sur lesquelles nous travaillons. Cela peut être les deux. Il faut poser le bon curseur.»

Contreparties

Un coup de pouce qui, quelle qu’en soit la forme, s’accompagnera de contreparties de la part de l’entreprise. «L’État investit des sommes considérables, il attend en retour que la SNCF ait une performance économique, environnementale et sociale de haut niveau», a déclaré Jean-Baptiste Djebbari, dans un entretien au Figaro. Et le tout, sans retomber dans la spirale de l’endettement. L’équation s’annonce compliquée. Mais plutôt optimiste, le ministre délégué dit souhaiter une modernisation du réseau ferroviaire d’ici dix ans, de telle sorte que l'on puisse faire circuler sans accroc des trains de voyageurs, de jour comme de nuit, ainsi que des trains de marchandises. Pour cela, il faut maintenir le cap de la réforme de 2018, c'est-à-dire un investissement de plusieurs milliards d'euros par an jusqu'en 2022 pour régénérer le réseau ferré».

Le Fret dans le calcul

Jean-Baptiste Djebbari a visiblement pris en considération le plan de l’Alliance 4F qui lui avait été remis trois semaines auparavant. Certaines mesures ont retenu son attention et l’Etat envisage une baisse des péages « pour les entreprises qui opèrent sur le réseau national », le soutien au wagon isolé, le renforcement de l’aide au transport combiné et le lancement de nouvelles autoroutes ferroviaires. En revanche, un soutien direct à Fret SNCF semble peu probable : l'entreprise fait l'objet de plaintes déposées devant la Commission pour soutien abusif, rappelle Les Echos

Le ministre s’est également fendu de quelques déclarations sur le train de nuit. Il a évoqué l’hypothétique relance d’ici 2022 de «deux trains de nuit supplémentaires avec, pourquoi pas, un Paris – Nice pour commencer». Une enveloppe sera prévue afin de rénover et acquérir du matériel roulant.

LA FNAUT partagée

Si l’Association française du rail (AFRA) a salué les déclarations du ministre dans un communiqué, l’enthousiasme est plus mesuré du côté de la Fédération nationale des associations d'usagers des Transports (Fnaut). Contacté par le Journal de l’environnement, son président Bruno Gazeau voit dans ces déclarations une évidence. «Pendant deux mois, nous avons entendu parler de la voiture et de l’avion. Nous sommes contents d’entendre enfin parler du ferroviaire. Il faut voir comment cela sera intégré concrètement dans le plan de relance.» De son avis, il est évident que la SNCF a besoin de cette aide, ne serait-ce que pour combler le manque à gagner de 5 Md€ du fait du confinement et de la grève de décembre et janvier derniers.

Sur le train de nuit, pas franchement rassuré par l’enveloppe évoquée par Jean-Baptiste Djebbari, Bruno Gazeau pose la question : «Avec quel matériel roulant ? Nous attendons le rapport du Gouvernement prévu par la loi LOM. Aujourd’hui, beaucoup de sillons sont en travaux, les seules voitures que possède la France sont en réfection.» Sur les trains de nuit, l’Etat contribuait déjà entre 50 et 100 euros du voyage : «C’est ingérable. Si l’Etat relance des lignes de nuit, le problème restera le même, il va donc falloir réduire le prix du sillon, augmenter les prix des billets et diversifier l’offre, c’est-à-dire avoir aussi bien des sièges assis que des couchettes, etc.» La Fnaut attend de voir le plan de relance.