La politique forestière sommée de se réformer

Le 18 septembre 2020 par Romain Loury
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La forêt française a besoin d'argent.
La forêt française a besoin d'argent.

Un rapport remis jeudi 17 septembre au gouvernement émet 19 propositions afin de mieux préparer la forêt française au réchauffement climatique, dont les impacts vont croissant. Parmi eux, la mise en place d’un Fonds d’avenir pour la forêt, doté de 300 millions d’euros par an pour le boisement et le reboisement, soit 15 fois plus que l’enveloppe actuelle.

Sécheresses, canicules, incendies, tempêtes, parasites et maladies… les forêts françaises sont soumises à rude épreuve.  Pour la députée Anne-Laure Cattelot (Nord, LaREM), elles «ne parviennent pas à s’adapter aussi vite que les changements que nous provoquons. Certaines d’entre elles dépérissent sous nos yeux. Nous devons les aider à se renouveler, à s’adapter pour qu’elles puissent continuer à nous entourer et nous apporter de multiples richesses».

A l’issue du conseil écologique de novembre 2019, Anne-Laure Cattelot avait été chargée en janvier d’une mission sur la forêt et la filière bois, dont le rapport final a été rendu jeudi 17 septembre au ministre de l’agriculture, Julien Denormandie, et à la secrétaire d’Etat chargée de la biodiversité, Bérangère Abba. Comme l’a estimé, fin mai, la Cour des comptes, il y a du pain sur la planche, tant la forêt est menacée, et la filière forêt-bois en crise.

300 millions d’euros par an

Pour la députée, il y a donc urgence à employer des moyens conséquents. En particulier via la mise en place d’un Fonds d’avenir pour la forêt,  doté de 300 millions d’euros par an sur 30 ans, qui permettrait de reconstituer les forêts sinistrées et d’en créer de nouvelles –avec un objectif de boisement d’un million d’hectares en 30 ans.

Actuellement, seuls 20 millions d’euros (Etat, régions, fonds européens) sont consacrés chaque année au boisement et au reboisement en France. Dans son plan de relance annoncé, l’Etat fait un effort à 200 millions d’euros (sur une période de trois ans), ce qui est en-deçà de l’effort soutenu et à long terme réclamé par Anne-Laure Cattelot.

Pour la députée, ces 300 millions d’euros annuels pourraient provenir de la fiscalité carbone (100 M€, enchères de quotas carbone européens, contribution climat-énergie), de fonds privés (100 M€) dans le cadre du label bas carbone, des agences de l’eau (30 M€) sur des projets ciblés forêt, des régions (20 M€) et du grand plan d’investissement (10 M€).

Armer la forêt face au réchauffement

Face au réchauffement climatique, il est urgent selon la députée d’«investir pour disposer d’essences et de provenances nécessaires à l’adaptation de nos forêts pour sécuriser la chaîne de production de plants». Elle propose aussi de limiter la taille des coupes rases à 2 hectares maximum, hors cause sanitaire, «au vue de la sensibilité [du public], des incertitudes environnementales et de l’incarnation d'un modèle mono-spécifique trop risqué à l'avenir du fait du changement climatique».

Pour valoriser le bois, le rapport propose un triplement de son emploi dans la construction d’ici à 2050 –tout en réduisant la déforestation importée. L’objectif provient d’une étude prospective menée en 2019 par le Comité stratégique de la filière bois (CSF Bois): de 4,2 millions de mètres cubes (Mm3) en 2015, l’usage de bois de construction pourrait grimper de +250 % dans le scénario le plus ambitieux, pour atteindre 10 Mm3/an en 2050.

Dissocier la forêt de la politique agricole

Côté gouvernance, la députée propose ni plus ni moins que la création d’un ministère dédié à la forêt et au bois, domaine à ce jour réservé au ministre de l’agriculture. «La faiblesse des moyens consacrés par les pouvoirs publics à la politique forêt bois, par rapport à ceux d’autres politiques ou secteurs d’activité, est perçue comme la preuve d’un désintérêt et d’une absence de volonté politique», note la députée, qui prend comme exemple la lutte contre les scolytes, plus vive en Allemagne qu’en France.

Autre évolution souhaitée, la création d’une unique Agence nationale des forêts, qui aurait la charge du Fonds pour l’avenir des forêts et constituerait «l’interlocuteur unique pour la mise en œuvre de la politique forestière». Il regrouperait l’ensemble des acteurs actuels, jugés trop disséminés: l’Office national des forêts (ONF, forêts publiques), en grande souffrance stratégique, sociale et budgétaire, le Centre national de la propriété forestière (CNPF, qui a trait aux forêts privées), ainsi que l’Inventaire forestier national, le Département de la santé des forêts, ou les services de développement forestier des chambres d’agriculture, etc.