La pandémie de Covid a encalminé les négociations climatiques

Le 04 décembre 2020 par Stéphanie Senet et Valéry Laramée de Tannenberg
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Les discussions se sont arrêtées pendant un an.
Les discussions se sont arrêtées pendant un an.
VLDT

Un an après la clôture de la COP 25 de Madrid, les discussions formelles n’ont pas progressé. En multipliant les rendez-vous, le Royaume-Uni espère relancer la dynamique diplomatique. Moins d’un an avant l’ouverture de la COP 26, qui se tiendra à Glasgow.

«Les Français ont mené d’intenses efforts diplomatiques durant les deux années qui ont précédées la COP 21. Un an avant l’ouverture de la COP 26, on a l’impression que la diplomatie de Boris Johnson n’a pas bougé d’un iota», se lamente Amber Rudd, ancienne ministre britannique chargée de l’énergie et du changement climatique. A la peine, l’administration britannique?

«Il ne faut pas exagérer non plus, tempère Yamide Dagnet. On ne peut comparer les COP de Paris et de Glasgow. Dans le premier cas, il s’agissait de conclure un accord international. Dans le second, il faut relancer une dynamique et achever la rédactions de certaines règles d’application de l’accord de Paris», poursuit la directrice en charge du suivi des négociations climatiques au sein du World Resources Institute (WRI, un important think tank américain). Moins important ne signifie pas sans importance.

achever le travail entrepris à Katowice

La COP écossaise devra achever le travail engagé lors des éditions de Katowice et de Madrid. Si l’essentiel du Rulebook de l’accord de Paris est désormais rédigé, quelques chapitres délicats restent à écrire. L’un des principaux concerne l’application du fameux article 6 de l’accord issu de la COP 21. Comportant 9 alinéas, il encadre les règles de comptabilité nationales des émissions et instaure un système de flexibilité, qui devrait succéder au mécanisme de développement propre, institué par le protocole de Kyoto, en 1997.

Autre gros morceau: les finances. Véritable serpent de mer des négociations climatiques internationales, le sujet déchaine passions et inquiétudes. La promesse faite, en 2009 à Copenhague, de consacrer 100 milliards de dollars par an pour financer le soutien aux pays les plus vulnérables à partir de 2020 peine à être tenue par les pays les plus riches.

frustration croissante

Or, ces derniers n’ont pas hésité à faire tourner la planche à billets pour relancer leurs économies encalminées par la pandémie de Covid-19. D’où une frustration croissante au sein de gouvernements des pays du Sud. «Avec la crise sanitaire, la solidarité internationale s’est fragilisée», résume Yamide Dagnet.

«Nous pouvons faire notre part. Mais nous ne pouvons pas tout faire, seuls, insiste Sonam Phuntsho Wangdi. Les pays qui ont une grande responsabilité dans la situation actuelle et qui en ont les moyens doivent agir. D’abord, en réduisant drastiquement leurs émissions intérieures. Ensuite, en aidant nos pays à se prémunir des effets du changement climatique», poursuit le secrétaire de la Commission nationale de l’environnement du Bouthan, patron du groupe des pays les moins développés.

«Ce sont les finances qui feront le succès ou l’échec de la COP26», estime de son côté David Levaï, chercheur associé à l’Iddri. «Il y a deux enjeux sur la table: le volume total des financements annuels et l’importance de la relance verte fléchée par les grandes institutions internationales», poursuit-il.

présentiel vs. virtuel

D’autres écueils entravent la bonne marche des négociateurs vers le succès, comme le financement de l’adaptation. «Ce dossier est d’une grande complexité, poursuit Yamide Dagnet. On sait comment évaluer l’atténuation, pas l’adaptation. L’adaptation, c’est souvent une question de survie, pas seulement un sujet financier.»

Malgré de nombreuses rencontres informelles, en visioconférences, les dossiers chauds, au premier rang desquels figurent les Pertes et Préjudices, ont peu progressé depuis la clôture de la COP 25 de Madrid. «La plupart des délégations ne veulent pas négocier à distance», confirme un négociateur français. Une réticence compréhensible au vu du piètre accès à l’Internet dont souffrent beaucoup de pays et de la difficulté à trouver une plage horaire qui satisfasse des diplomates résidant aux quatre coins de la planète. «La Covid a tout bousculé. La diplomatie, ça se fait en présentiel, pas à distance», constate Yamide Dagnet.

dynamique diplomatique

Dans ces conditions, comment appréhender cette COP 26, qui se déroulera, dans un an à Glasgow? Avec intérêt. Le prochain sommet climatique onusien devra être celui du rehaussement de l’ambition collective, avec la publication de nouveaux plans d'action nationaux sur le climat (NDC) plus ambitieux et des stratégies à long terme.

Et les grandes manœuvres ont commencé. Alors que les membres de l’Union européenne peinent à s’accorder sur leur nouvel objectif à 2030, Londres a dégainé, le 3 décembre, en annonçant vouloir réduire de 68% les émissions britanniques entre 1990 et 2030. Sans préciser le périmètre exact ni le mode d’action.

A l’initiative du Royaume-Uni et de la France, l’ONU a organisé, la semaine passée, 80 visioconférences. Ayant réuni 3.000 délégués, ces «Dialogues sur le climat» ont permis de retrouver un semblant de normalité dans la négociation.  

Le 12 décembre, Londres organisera un Sommet sur l’ambition climatique. Une façon élégante de célébrer le 5e anniversaire de l’accord de Paris. Un bon moment aussi pour préciser ses ambitions diplomatiques. Et ce, quelques heures à peine après la fin du Conseil européen des 10 et 11 décembre qui doit finaliser la nouvelle feuille de route de l’UE pour 2030. Si tout va bien.