La Norvège poursuit la décarbonation de ses désinvestissements

Le 14 mai 2020 par Volodia Opritchnik
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
C'est l'extraction des sables bitumineux qui vaut à Suncor d'être black-listée par le fonds norvégien.
C'est l'extraction des sables bitumineux qui vaut à Suncor d'être black-listée par le fonds norvégien.
Suncor

Le fonds souverain du royaume allonge la liste des entreprises non grata, coupables d’émettre trop de CO2, de polluer l’environnement ou de bafouer les droits humains.

Doucement mais sûrement, le fonds souverain norvégien poursuit la décarbonation de son portefeuille de participations. Mercredi 13 mai, le Norges Bank Investment Management (NBIM), gestionnaire du fonds, a annoncé qu’il renonçait à investir dans 12 entreprises, jugées trop carbonées. Il place, par ailleurs, 4 autres compagnies sous surveillance.

Cette première application des nouvelles règles d’exclusion, entrées en vigueur en septembre 2019, frappe trois producteurs canadiens de sables bitumineux: Canadian Natural Resources, Cenovus Energy, Suncor Énergie et la Pétrolière Impériale.

Big Oil. Plus grand fonds souverain de la planète, le fonds norvégien est abondé par les royalties des compagnies pétrolières opérant dans les eaux nationales. Placés dans près de 10.000 entreprises dans le monde, ses actifs sont évalués à 1150 milliards de dollars.

La sanction s’applique aussi à l’énergéticien sud-africain Sasol, à l’électricien allemand RWE (le plus gros émetteur européen de CO2), aux producteurs de charbon Glencore et Anglo American, ainsi qu’à l’électricien australien AGL Energy, gros consommateur de charbon.

carbone et droit de l'homme

NBIM place aussi sous surveillance le groupe minier BHP, ainsi que les électriciens très carbonés Vistra Energy (Texas), Enel (Italie) et Uniper (Allemagne).

Un piètre bilan carbone n’est pas le seul critère d’exclusion. NBIM promet de ne plus acheter d’action ou d’obligation émises par Elsewedy. Le consortium égyptien se voit ainsi reprocher sa participation au projet controversé de centrale hydroélectrique de Rufiji (2 GWe), en Tanzanie. En cours de construction dans une zone voisine de la réserve naturelle de Selous, ce barrage créera l’un des plus grands lacs artificiels du monde.

Vale est aussi black-listée. La compagnie minière brésilienne se voit reprocher la rupture de ses barrages de Mariana (19 morts) et de Brumadinho (270 morts). Le Brésil n’est pas à la fête. Sa compagnie électrique Eletrobras devra se passer de l’argent norvégien. Les gestionnaires de l’ancien fonds pétrolier norvégien lui reprochent le coût humain de la construction du méga barrage Belo Monte.

trois ans de purge

Construit en une quinzaine d’années sur un affluent de l’Amazone, ce mastodonte de 4,5 GWe a causé le déplacement de plus de 25.000 indiens. Ces atteintes au droit des peuples premiers ne devraient d’ailleurs pas cesser de sitôt. L’électricité produite par le barrage doit servir, en partie, à alimenter des mines de bauxite et des fonderies d’aluminium. L’exploitation minière doit bientôt débuter.

Après plusieurs années d'attentisme, le fonds norvégien a entamé en 2017 la purge de ses portefeuilles de participations. Depuis lors, les critères de sélection ne cessent de s'élargir.