La justice met le CDG Express en panne

Le 10 novembre 2020 par Victor Miget
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Le CDG Express doit relier Paris à l'aéroport de Roissy en 20 minutes.
Le CDG Express doit relier Paris à l'aéroport de Roissy en 20 minutes.

Selon le tribunal administratif de Montreuil le projet de métro rapide Charles-de-Gaulle Express ne représente pas un «intérêt public majeur».

 

Grande victoire pour les opposants au CDG Express. Le tribunal administratif de Montreuil a partiellement annulé l’arrêté interpréfectoral autorisant les travaux de cette liaison controversée entre l’aéroport de Roissy et la gare de l’Est (Paris Xe).

Animaux vainqueurs par KO

Les opposants critiquent un programme à 1,8 Md€ réalisé au détriment des usagers du quotidien (qui empruntent le RER)… et d’espèces protégées. Dans sa décision rendue lundi 9 novembre, le tribunal va dans leur sens. Les magistrats ont annulé partiellement l’autorisation environnementale du 11 février 2019 «en tant qu’elle permet de déroger à l’interdiction de porter atteinte aux espèces protégées». Selon eux, ce projet ne répond pas «à des raisons impératives d’intérêt public majeur», seule condition légale pour porter atteinte à des espèces protégées. En l’occurrence des oiseaux et des grenouilles. 

«C'est une belle victoire», s'est félicité auprès de l'AFP Corinne Lepage, avocate de la commune de Mitry-Mory (Seine-et-Marne), qui avait demandé l'annulation totale de l'arrêté.

Le tribunal a estimé qu’à la date du jugement, et au vu des éléments du dossier, le projet n’était pas d’utilité publique. La liaison devait absorber le trafic venant de l’aéroport. Mais quel trafic ?

Si celui-ci devait croître de près de 3% par an, depuis le début de la crise sanitaire en mars dernier, les avions sont cloués au sol. Or, le «caractère purement transitoire», de cette baisse de trafic ne peut être prédit selon le tribunal. Par ailleurs, les défenseurs du projet avaient décalé la mise en service du CDG Express à la fin 2025 plutôt que pour les Jeux-Olympiques de 2024. La faute à des travaux retardés dans le nord de Paris.

Le tribunal a aussi considéré certains avantages du CDG Express comme incertains: l’amélioration du confort des voyageurs du quotidien sur le RER B, la diminution du trafic routier sur l’A1, le renforcement de l’attractivité de la capitale et de sa région, ainsi que la création d’une liaison fiable et ponctuelle entre le centre de Paris et l’aéroport.

Round 2

Le gestionnaire d'infrastructure CDGExpress prend acte de la décision dans un communiqué. Fin du match ? Pas si vite. «Seules les dérogations relatives à la réglementation sur les espèces protégées sont annulées. Aussi, les chantiers non concernés par cette dérogation se poursuivent. Une analyse précise est en cours pour identifier les adaptations nécessaires pour les autres chantiers», indique l’entreprise.

Le gestionnaire persiste et signe. Pour le consortium ADP-Réseaux SNCF- Caisse des Dépôts, le CDG Express demeure un atout pour l’attractivité de la région et répond à la demande des voyageurs internationaux de disposer d'une liaison directe «élevant Paris au standard des grandes villes mondiales». Et de rappeler que le CDG Express finance des travaux de renouvellement et de modernisation des voies franciliennes, à hauteur de 537 M€, «au bénéfice des transports du quotidien et en particulier du RER B».

Le projet, baptisé «train des riches» par ses détracteurs, doit relier l’aéroport à la capitale en 20 minutes seulement, pour la modique somme de… 24 euros. Pour se faire, le train empruntera des voies parallèles au RER B sur 24 km (plus 7 km de voies nouvelles), sans desservir les banlieues qu’il traverse.