La France continue d’artificialiser plus de sols

Le 03 juillet 2020 par Stéphanie Senet
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Flux d'artificialisation sur la période 2009-2018
Flux d'artificialisation sur la période 2009-2018
Cerema

Pour la deuxième année consécutive, l’artificialisation des sols a progressé en France en 2017. Ce résultat confirme la reprise du phénomène, après une baisse régulière observée depuis 2011.

23.907 hectares de terres naturelles, agricoles et forestières ont été urbanisés en 2017. Soit davantage, une nouvelle fois, que l’année précédente (23.852 ha) selon le bilan annuel de l’Observatoire national installé en juillet 2018, qui se base sur les fichiers fonciers. «Il existe encore un doute sur l’ampleur de cette reprise et sa durée. Mais une chose est sûre, la tendance à la baisse observée depuis 2011 est clairement stoppée», commente au JDLE Martin Bocquet, chargé d’études au Cerema[1].

Destination le littoral et les métropoles

Comme l’an dernier, l’artificialisation s’avère très polarisée autour des métropoles et du littoral. La dynamique la plus faible est observée en Champagne-Ardennes et dans les Pyrénées. Globalement, elle est autant due à des grands projets d’aménagement qu’à une multitude de petits projets peu consommateurs d’espaces.

Un peu plus d’efficacité

Autre constat: l’efficacité de l’artificialisation augmente, c’est-à-dire le nombre de mètres carrés construits par rapport au nombre de mètres carrés consommés. «A la fin des années 2000, 1 mètre carré artificialisé correspondait à 0,18 m2 construit. En 2017, c’est monté à 0,22 m2. L’année 2017 marque peut-être le début d’une décorrélation entre artificialisation et construction», suggère Martin Bocquet.

Un levier important mais insuffisant

Un chiffre qu’il faut toutefois nuancer. La hausse de l’efficacité touche surtout les zones d’activité, qui ne représentent que 25% des surfaces artificialisées, alors que l’habitat en représente les trois quarts. Par ailleurs, «à construction égale, avec une hausse légèrement supérieure de 40% de l’efficacité tous les 9 ans, on n’atteint pas le zéro artificialisation nette avant 2070», a calculé l’équipe du Cerema. Ce levier reste toutefois important pour réduire les surfaces artificialisées à l’avenir, en s’appuyant sur «la hausse du renouvellement urbain et de la densité des projets d’aménagement en fonction du cadre de vie».

Mieux recyclé et plus dense

L’Observatoire recommande d’accélérer le recyclage urbain dans les zones qui bétonnent le plus, en intégrant, dans les documents de planification, les gisements fonciers ainsi qu’une mutation multi-fonctionnelle et une densité adaptée. Dans les territoires où la consommation de terres naturelles, agricoles et forestières est moindre dans l’absolu, il faut surtout augmenter l’efficacité de l’artificialisation car l’étalement urbain y est plus important.

Au-delà de la comptabilité

Enfin, l’artificialisation ne peut se limiter à un point de vue comptable. Un groupe de travail technique, constitué par le ministère de la transition écologique, planche sur la définition même de l’artificialisation. Et des voix s’élèvent pour sortir du seul objectif de zéro artificialisation nette (ZAN) fixé par la loi biodiversité. «Il faut le compléter par le développement massif de la nature en ville et de la transformation agro-écologique des campagnes», estime Marc Barra, écologue à l’Institut d’aménagement et d’urbanisme d’Ile-de-France. «D’ailleurs, l’artificialisation n’est pas seulement la consommation d’un espace naturel, agricole ou forestier (définition actuelle, ndlr) mais plus largement tout milieu dégradé, endommagé ou détruit par l’activité humaine», poursuit-il.

Echelle à définir

Elle connaît une hétérogénéité des situations qui n’est pas prise en compte dans les politiques publiques. «Certains espaces agricoles doivent être considérés comme artificialisés. A contrario, un espace vert ou une surface d’agriculture urbaine ne sont pas artificiels au même titre qu’un parking ou un supermarché», conclut-il. Il serait judicieux de prendre en compte l’imperméabilisation des sols, un indice de qualité écologique ainsi que les services écosystémiques rendus. Autant de pistes qui pourraient inspirer la future stratégie interministérielle de lutte contre l’artificialisation, attendue à la rentrée.

 



[1] Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement