La forêt amazonienne, plus dégradée que déforestée

Le 11 septembre 2020 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Les forêts dégradées par l'effet de lisière
Les forêts dégradées par l'effet de lisière

Si le rythme de la déforestation amazonienne est connu au km2 près, l’ampleur des zones dégradées demeure peu connue. Publiée vendredi 11 septembre dans la revue Science, une étude brésilienne vient combler ce vide, révélant que la dégradation surpasse désormais la déforestation.

Principale raison de la déforestation dans l’Amazonie brésilienne, la quête de pâturages pour l’élevage bovin, ainsi que de terres pour la culture de soja. L’ampleur du phénomène est bien connue, grâce aux données satellite analysées par l’Institut national de recherches spatiales (INPE) brésilien.

La déforestation a ainsi connu un pic en 2004, dépassant les 27.000 km2 de forêts perdues par an, avant de rapidement décroître. Malgré la forte baisse engendrée grâce au durcissement des lois, rien n’est gagné, loin de là: en 2019, la perte a été de 9.166 km2, le double de l’année précédente.

Si la déforestation est nocive aussi bien pour la biodiversité que pour le climat, un autre type d’altération demeure peu connu: la dégradation, qu’il s’agisse des incendies sous la canopée, de l’abattage sélectif d’arbres, de la fragmentation forestière et des ‘effets de lisière’ –à savoir l’affaiblissement d’une forêt à proximité d’une zone déforestée. A la différence de la déforestation, la dégradation ne donne pas lieu à un changement d’usage des sols.

Un phénomène désormais prépondérant

Grace à l’analyse d’images satellites récoltées sur la période 1992-2014, l’équipe d’Eder Pereira Miguel, du département de foresterie à l’université de Brasilia, montre l’importance du phénomène, qui touche une surface plus importante que la déforestation elle-même. Sur l’ensemble de la période, 337.427 km2 de l’Amazonie brésilienne a été dégradée, contre 308.311 km2 déforestés.

Si la déforestation a longtemps été prépondérante, c’est au cours des années 2006-2010, soit lors de son recul, que la dégradation a pour la première fois fait jeu égal. Depuis le début des années 2010, elle dépasse désormais la déforestation. Selon les chercheurs, ces résultats devraient être pris en compte dans les politiques de protection de la forêt, en raison de l’impact de ces altérations sur le cycle du carbone et la biodiversité.