La filière des DEEE reprend du service cahin-caha

Le 12 mai 2020 par Stéphanie Senet
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Trois quarts des déchetteries grand public seront ouvertes la semaine 18 mai
Trois quarts des déchetteries grand public seront ouvertes la semaine 18 mai

Après avoir chuté de 90% le mois dernier, la collecte des déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) repart au rythme de la lente réouverture des déchetteries. Plus largement, la crise chamboule l’agenda de la filière.

Si les enlèvements ne se sont pas arrêtés pendant le confinement, ils ont baissé en flèche. En avril, 5.920 tonnes d’appareils usagés ont été collectées par quelques distributeurs et déchetteries, selon Ecosystem. Soit une baisse de 87,5% par rapport à avril 2019. «Elle s’explique par la fermeture des déchetteries, dont 33%[1] seulement avaient rouvert leurs portes le 4 mai, par la réticence des particuliers à faire entrer des opérateurs chez eux dans le cadre de la reprise un pour un, et par la baisse du personnel chez les distributeurs», explique au JDLE Christian Brabant.

Réouverture progressive des points de collecte

La reprise des activités ne sera pas totale en mai. «71% des déchetteries ont rouvert leurs portes au grand public le 11 mai et elles seront 78% le 18 mai», affirme le directeur général d’Ecosystem. Mais les capacités d’accueil seront réduites de moitié à cause des mesures barrière mises en œuvre. Ce qui risque de poser des embouteillages à l’entrée. «Les collectivités sont en train de réguler les flux pour éviter les files d’attente, en imposant des jours de dépôt en fonction des plaques d’immatriculation ou en délivrant des rendez-vous», poursuit le patron de l’éco-organisme, qui a une préférence pour cette dernière option «puisqu’elle permet d’optimiser le temps d’ouverture d’une installation».

La reprise de la collecte poursuit aussi son cours chez les distributeurs, qui ont tous repris leurs activités ce 11 mai hormis dans les centres commerciaux franciliens de plus de 40.000 mètres carrés.

Chute de la consommation

Si les Français ont conservé leurs déchets chez eux pendant le confinement, ils devraient progressivement les rapporter ou les faires récupérer dans le cadre de la reprise un pour un (y compris si l’appareil neuf a été acheté plus tôt pendant le confinement). Aucune saturation des capacités de collecte n’est à craindre en raison de l’effondrement du marché.

«Le secteur a été très impacté par la crise sanitaire en avril. Les ventes de gros électroménager ont chuté de 60%, les téléviseurs de 30%, le petit électroménager de 10%. Seuls les équipements informatiques ont progressé de 40%», note Christian Brabant. Il reste difficile d’évaluer leur impact définitif tant les chiffres évoluent chaque semaine. Aujourd’hui, les ventes de petit électroménager progressent de nouveau (+10%) alors qu’elles baissent pour l’informatique  (de 5 à 20%). Depuis le 20 mars, des facilités de paiement des éco-contributions ont été accordées aux metteurs sur le marché. «Le paiement du deuxième trimestre, attendu au 31 mars, a été réduit de moitié pour toutes les filières gérées par Ecosystem. Celui du troisième trimestre sera réduit de 10% sauf pour les lampes dont les ventes se maintiennent», selon Christian Brabant.

Lot d’incertitudes

«L’avenir est très incertain. Les opérateurs de traitement et de logistique nous ont fait part de leurs inquiétudes. Mais il faut rester prudent», tempère le représentant de l’éco-organisme. Les installations de traitement ont en tout cas repris leur rythme de croisière. Ce qui a permis d’écouler les stocks. La recrudescence des dépôts sauvages reste aussi difficile à évaluer. Elle a été observée à plusieurs endroits pendant le confinement, dont le parc national des Calanques, sans précision sur la nature exacte des déchets.

Retards à l’allumage

Autre question : quid de l’indice de réparabilité, obligatoire dès janvier prochain pour les équipements électriques et électroniques ? «Un premier projet de texte a été proposé par le CGDD mais il nécessite encore de nombreuses validations, sans compter le protocole et les tests que doivent réaliser les industriels. C’est techniquement impossible qu’il entre en vigueur le 1er janvier prochain», conclut Christian Brabant. Selon un calendrier fixé le 6 mai par le ministère de la transition écologique, le texte sera finalisé début juin pour être notifié à la Commission européenne. Le public sera ensuite consulté en août et le Conseil d'Etat saisi pour avis à la mi-septembre.
 



[1] Ecosystem s’appuie sur un réseau de 3.326 déchetteries grand public recevant des DEEE