La Covid a considérablement réduit nos émissions carbonées

Le 19 mai 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le confinement, la meilleure arme pour réduire nos émissions de CO2.
Le confinement, la meilleure arme pour réduire nos émissions de CO2.
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Nous avons démontré, par le confinement, que nous pouvons nous placer sur la trajectoire de la neutralité carbone.

 

C’est une démonstration par l’absurde. Voilà des années que climatologues soulignent notre capacité technique à stabiliser nos émissions de gaz à effet de serre a un niveau «non dangereux», but ultime de la convention de l’ONU sur le changement climatique de 1992.

En octobre 2018, les contributeurs du rapport du Giec sur la stabilisation du réchauffement à 1,5 ° C ont rappelé que l’atteinte de cet objectif, fixé par l’Accord de Paris, restait possible. A condition d’agir (très) vite et (très) fort : atteindre la neutralité carbone en deux décennies suppose d’abattre d’environ 7% par an nos émissions de CO2. En temps normal, notre empreinte carbone tend plutôt à s’affermir de 1 % par an. L’inversion de la vapeur reste pourtant possible.

C’est ce que montre Corinne Le Quéré. Dans l’article qu’elle publie, ce mardi 19 mai, avec treize autres chercheurs, la présidente du Haut conseil pour le climat (par ailleurs toujours climatologue à l’université d’East Anglia) évalue la baisse de rejets anthropiques imputables aux effets de la pandémie de Covid-19.

Six secteurs dans 69 pays

Pour ce faire, l’équipe a collecté les données 2019 d’émission quotidienne de six secteurs émetteurs: transports terrestres, aviation, résidentiel, industrie, tertiaire et commerces, énergie. Les scientifiques ont ensuite regardé les mesures de confinement mises en œuvre, toujours dans 69 pays, représentant 97% des émissions anthropiques de gaz carbonique avant de déduire les effets sur les émissions.

Electricité : et ça repart ! La consommation française d'électricité a été, durant la semaine du 11 mai, inférieure de 9% à celle habituellement constatée à pareille époque de l'année, note RTE. Ce chiffre est néanoins le signe d'une reprise partielle de l'activité. Au plus fort du confinement, la demande d'électrons a chuté de 20%, rappelle le GRT.

Début avril, période durant laquelle le confinement était à son paroxysme (plus de 4 milliards de terriens étaient assignés à résidence), les émissions quotidiennes mondiales de CO2 ont baissé de 17% par rapport à la même période de 2019. Avec de très fortes amplitudes, selon les pays. La Nouvelle-Zélande a vu ses rejets chuter de 41%, contre 19% pour les Pays-Bas et 4,5% pour le Turkménistan. La France a vu baisser de 34% ses émissions, mieux que la moyenne européenne (- 27%).

Ce reflux est largement le résultat de la baisse des consommations d’électricité (19%), de la chut5 de la production industrielle (25%) restrictions de circulation (43%). Régulièrement pointé du doigt, l’aviation a vu certes, ses émissions chuter de 60%, mais cela ne pèse que pour 10% du bilan total.

la durée du confinement

Globalement, quelle sera l’économie d’émission pour le climat? Tout dépend de la durée et de l’ampleur de l’arrêt de nos activités. Les scientifiques ont étudié les effets de plusieurs scénarios: de 6 semaines de confinement global et sévère jusqu’à une réclusion s’étendant, pour certains, jusqu’à à la fin de l’année. Dans le premier cas, nous avons épargné à l’atmosphère 1,5 milliard de tonnes de CO2: l’équivalent de 4% de notre bilan carbone 2019. Ce chiffre pourrait dépasser les 7% en cas de prolongation des mesures de confinement. Des estimations moins pessimistes (ou optimistes, selon le point de vue) que celles publiée fin avril par l'agence internationale de l'énergie.

En un mot comme en cent, nous avons démontré, au prix de très fortes contraintes sociales et économiques, que nous pouvons collectivement abattre nos émissions à un rythme compatible avec une stabilisation du réchauffement à 1,5 °C. Ceci n’aura évidemment qu’en temps. Dans leur article, les chercheurs rappellent qu’après la crise financière de 2008, qui a vu notre bilan carbone s’alléger de 1,4 %, les émissions carbonées avaient bondi de 5% entre 2009 et 2010.

«La manière dont les dirigeants prendront en compte la lutte contre le changement climatique dans leurs réponses économiques à cette crise sanitaire influencera les trajectoires mondiales d'émission de CO2 pour les décennies à venir», conclu Corinne Le Quéré. Pour le moment, ça c'est pas gagné.