La Covid-19 ne craint pas (encore) l’été

Le 19 mai 2020 par Romain Loury
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La distanciation sociale a de beaux jours devant elle
La distanciation sociale a de beaux jours devant elle
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En l’absence d’une forte immunité collective, le climat n’aura pas d’influence déterminante sur la pandémie de Covid-19, selon une étude américaine publiée lundi 18 mai dans Science. Ce qui renforce la probabilité d’une deuxième vague estivale.

Faute de données suffisantes, la sensibilité du virus SRAS-CoV-2 à la température et l’humidité fait encore l’objet de controverses. Cet élément est loin d’être anecdotique: de cette sensibilité climatique, dépend la propagation du virus dans les pays tropicaux, ainsi que la probabilité d’une deuxième vague estivale dans les pays tempérés, une fois le confinement levé.

Dans une étude publiée lundi 18 mai dans Science, Rachel Baker, de l’université de Princeton (New Jersey), et ses collègues estiment que le climat semble bien moduler le taux de transmission du virus: comme celui responsable de la grippe, mais aussi comme les coronavirus impliqués dans le rhume hivernal, le SRAS-CoV-2 semble moins actif lorsque la température et l’humidité s’élèvent.

L’immunité collective, moteur épidémique

Toutefois, cette sensibilité climatique n’a que peu d’effet, estiment les chercheurs: selon leur modélisation épidémiologique, la transmission du virus est avant tout guidée par l’immunité de la population. Malgré des conditions climatiques très différentes, la modélisation ne montre aucune différence notable de propagation épidémique entre New York, Londres et New Delhi.

«Plus l’immunité devient élevée dans la population, plus la sensibilité au climat devient forte. Quand la modélisation tourne assez longtemps, nous voyons une importante pandémie [telle que celle actuellement en cours, ndlr], puis elle devient une infection saisonnière», explique Rachel Baker.

Le confinement renforce la sensibilité climatique

Les chercheurs montrent par ailleurs que les mesures de confinement, en amoindrissant le réservoir d’hôtes susceptibles d’être infectés (car non immunisés par une précédente infection), ont également un impact. Outre le fait que la distanciation sociale ralentit l’épidémie, elle la rend aussi plus susceptible aux conditions climatiques.

«Nos résultats suggèrent que les zones tropicales et tempérées doivent se préparer à de sévères poussées de la maladie, car les températures estivales ne permettent pas de limiter la propagation de l’infection. Toutefois, cela ne signifie pas que le climat n’aura pas d’importance à plus long terme», une fois l’immunité collective renforcée, commentent les chercheurs. A ce jour, cette dernière est faible: selon une étude de l’Institut Pasteur, elle s’élevait à 4,4% de la population en France, au 11 mai.