La Chine ouvre le plus grand marché du carbone du monde

Le 08 janvier 2021 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'ETS chinois a déjà ses mascottes.
L'ETS chinois a déjà ses mascottes.
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Le 5 janvier, Pékin a officiellement ouvert le marché chinois du carbone. Encadrant, dans un premier temps, le secteur électrique, il devrait s'ouvrir à d'autres activités par la suite. 

C’est l’une des dernières retombées de la COP 21. Un an avant le sommet climatique de Paris, les gouvernements américain et chinois s’étaient entendus sur une série de politiques et de mesures pour lutter contre le réchauffement. Conclu par Barack Obama et Xi Jinping, cet accord ouvrait la porte à la conclusion de celui de Paris, le 12 décembre 2015.

L’une des mesures annoncées par le président chinois était l’ouverture d’un marché de quotas d’émissions, sur le modèle de l’ETS européen. L’empire du Milieu ne partait pas de zéro. En 2013, Pékin a autorisé 7 villes et régions à réguler les émissions de leur industrie lourde, au moyen de quotas échangeables.

Sept ans d'expérimentations

Sept marchés aux règles spécifiques qui donnent des prix variant du simple au sextuple. Ensemble, ils régulent 430 Mt CO2 par an: moins de 4% des rejets chinois. L’expérimentation est maintenant terminée.

Dès le mois prochain, 2.225 entreprises et «entités» vont devoir participer au nouveau système d’échange national chinois. Les installations industrielles concernées devront émettre plus de 26.000 tonnes de CO2 équivalent par an. Ce qui correspond à une consommation moyenne de 10.000 tonnes de charbon par an. L’essentiel des assujettis sont des centrales électriques au charbon et au gaz.

Mais la liste officielle des allocations de quotas mentionne aussi des usines pétrochimiques, des raffineries, ainsi que quelques aciéries. Au total, le marché chinois devrait encadrer l’équivalent de 40% des émissions chinoises, soit plus de 4 milliards de tonnes de gaz à effet de serre par an: plus de deux fois la taille de l’ETS communautaire.

Intensité carbone n’est pas décarbonation. L’économie chinoise réduit progressivement sa consommation de carbone pour produire des richesses. Entre 2005 et 2019, l’intensité carbone de la seconde puissance économique mondiale est passée de 3,2 à 1,6 tonnes de CO2 par 10.000 yuans de PNB générés. Dans le même temps, les émissions nationales sont passées de 6 à 11 milliards de tonnes de CO2 par an.

Comme son cousin européen à ses débuts, le système chinois allouera gratuitement les quotas. Grande différence par rapport à l’ETS européen: il ne fixe pas de plafond d’émission, au-dessus duquel l’industriel assujetti doit acheter des quotas supplémentaires pour assurer sa conformité. Les limites sont fixées en terme d’intensité carbone de la production, par rapport à une moyenne sectorielle. Les industriels qui consommeront plus de carbone que la moyenne sectorielle devront acheter des quotas supplémentaires ou des crédits carbone générés par les producteurs d’énergies renouvelables ou par les forestiers (les Chinese Certified Emissions Reductions).

généreuses allocations

Appelé à se développer par la suite (les secteurs du ciment, de la chimie et de la pétrochimie, des matériaux de construction et de l’acier sont concernés), le marché chinois peut-il contribuer à alléger le bilan carbone chinois? Peu probable. En partie parce que les allocations de quotas semblent avoir été généreuses.

Selon une note de la banque Morgan Stanley, dévoilée par Climate Home, aucune centrale au charbon n’aura à acheter de quotas supplémentaires, à l’exception des unités dont la capacité installée est inférieure à 300 MW. Cela tombe d’ailleurs bien: Pékin cherche précisément à fermer ces centaines de petites centrales. Souvent construite illégalement, ces installations sous-critiques sont polluantes et peu efficaces. En revanche, la Chine prévoit de mettre en service 250 GW de capacités nouvelles au charbon pour relancer son économie. Le gouvernement chinois ne précise pas à quelle échéance les autres secteurs émetteurs devront intégrer le système.

L’ouverture du marché du carbone chinois aura, en revanche, un gros avantage. Il devrait éviter aux produits exportés vers l’Europe d’être frappés par le futur mécanisme d’ajustement aux frontières européennes.

A cela s’ajoute la conclusion, le 30 décembre d’un projet d'accord sur les investissements entre l’Europe et la Chine. En ouvrant un peu son marché intérieur (notamment ceux des services environnementaux)[1] Pékin s’attire les bonnes grâces du vieux monde. Et se prépare pour relancer son économie et les échanges internationaux. Pas sûr que cela profite beaucoup au climat.



[1] Tels la gestion des eaux usées, la réduction du bruit, l'élimination des déchets, le traitement des gaz d'échappement, l'assainissement.