La Bretagne face aux risques de la méthanisation industrielle

Le 24 août 2020 par Stéphanie Senet
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Le digestat provenait de la centrale biogaz de Kastellin
Le digestat provenait de la centrale biogaz de Kastellin

Due à un déversement accidentel de digestat, la pollution à l’ammoniaque de l’Aulne, dans le Finistère, a mis en lumière les risques de la méthanisation industrielle bretonne.

«C’était prévisible», claironne l’association Eau et rivières de Bretagne, qui dénonce depuis plusieurs années le développement massif de la méthanisation en Bretagne. Le déversement de 400 mètres cubes de digestat dans la rivière côtière, lundi 17 août à Châteaulin, a provoqué une forte hausse de la concentration d’ammoniaque, conduisant Veolia à interrompre la production d’eau potable à l’usine de Coatigrac’h, située en aval, qui alimente 50 communes du Finistère.

180.000 personnes, dont les 63.000 habitants de Quimper, ont été privées d’eau du robinet pour la boisson et pour le lavage des fruits et légumes consommés crus, suite à un arrêté préfectoral du 20 août.

Les professionnels de l’agroalimentaire ayant utilisé l’eau potable ont été invités à réaliser des autocontrôles et à prévenir la direction départementale de la protection des populations en cas de risque pour la santé humaine ou animale.

Retour à la normale ?

La situation est finalement revenue à la normale le 23 août au matin, selon un communiqué de la préfecture basé sur les contrôles de l’Agence régionale de santé. Un bilan confirmé par Veolia, qui exploite l’usine d’eau potable pour le syndicat mixte de l’Aulne, et par les six communautés de communes touchées.  

Située à Châteaulin, à 1 kilomètre de l’Aulne, la centrale biogaz Kastellin (filiale du groupe français VOL-V) traite environ 112.000 tonnes de déchets et matières organiques d’origine agricole par an. Pour une production annuelle de 20 GWh de biogaz. Les causes de l’accident n’ont pas encore été identifiées, ainsi que les dommages sur la faune et la flore. 

Principe de l’auto-contrôle

Craignant de nouvelles pollutions, Eau et rivières de Bretagne et la Confédération paysanne du Finistère réclament un moratoire sur la création d’unités de méthanisation dans la région. «Un accident sur le méthaniseur de la Beuzec Cap Sizun avait anéanti, il y a deux ans, trois kilomètres de cours d’eau dans le Finistère», rappelle Jean Hascoet, délégué territorial de l’association. «Il est inconcevable d’accepter le principe de l’auto-contrôle pour ce type d’installation classée pour la protection de l’environnement (ICPE). Comment 400.000 litres de digestat ont-ils pu déborder jusqu’à l’Aulne sans alarme ni bassin de rétention ?», interroge-t-il. L’ONG a décidé de porter plainte.

Deux fois plus d’installations

Selon l’observatoire de l’environnement en Bretagne, la région compte, en janvier 2020, 128 installations de méthanisation. Soit deux fois plus qu’en 2017. Principalement situées à la ferme, elles se trouvent dans une moindre mesure dans des stations d’épuration, des installations de stockage des déchets non dangereux (ISDND), ou centralisées. La région compte produire 12.075 GWh de biogaz en 2050, contre 2.126 GWh aujourd’hui.