La bataille pour le contournement de Rouen n’est pas gagnée

Le 18 janvier 2021 par Victor Miget
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Le centre-ville de Rouen est traversé par des camions.
Le centre-ville de Rouen est traversé par des camions.
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Après la région Normandie, c’est le Conseil départemental de Seine-Maritime qui a confirmé, le 14 janvier, sa participation au financement du contournement de Rouen. La métropole fait de la résistance. 

 

A Rouen, le projet d’autoroute à péage censé relier le nord de Rouen à l’A13 divise. Vieux de 40 ans, ce projet d’infrastructure est sensé désengorger les axes routiers de l’agglomération rouennaise.

Le oui l’emporte

Un tracé et un plan de financement ont été retenus en 2017. Un financement à cinq entre la Région (157 M€), la Métropole (66 M€), le département de Seine-Maritime (22 M€), l’Etat (245M€) et le futur concessionnaire (396 M€). L’année dernière, le préfet de Normandie avait enjoint les collectivités à confirmer leur engagement fin février 2021. Le département vient de rendre sa décision, en votant sa participation. Il emboîte ainsi le pas à la Région (centriste). Non sans accros, puisque les socialistes ont refusé de participer au vote.

 «Ce vote vise à contribuer au lobbying des pro-contournement est, qui s'exerce depuis l'arrêt du Conseil d’Etat» qui avait validé en novembre dernier l'utilité publique du projet, rejetant pas moins de 13 recours de plusieurs communes contre le projet, s’est insurgé à l’AFP Nicolas Rouly, le président du groupe socialiste. D’après lui, le «seul objectif, est de mettre la pression sur les élus métropolitains parce que, eux, ne se sont pas encore prononcés et parce que le débat y est particulièrement marqué», a-t-il ajouté.

La Métropole maintien le suspens

Effectivement, côté métropole, si le projet avait été soutenu par la précédente présidence socialiste, l’enthousiasme est désormais nettement moins marqué. «La Métropole se prononcera sur ce dossier quand elle le souhaitera et elle n'a pas à obéir au préfet dont elle n'a pas d'ordre à recevoir», indiquait la principale intéressée à France 3 Région. Quant à son président, Nicolas Mayer Rossignol (également maire de Rouen), il n’a jamais caché son opposition au projet (après l’avoir soutenu), soulignant notamment son coût, son inefficacité et son impact environnemental.

Prochaine étape ? Décider ou non d’accorder le financement de la collectivité. Contactée par Le Journal de l’environnement, Marie Atinault : vice-présidente en charge des transitions innovations écologiques au sein de la métropole explique que «le prochain Conseil métropolitain se tiendra le 8 février prochain. Nous ne connaissons pas encore l’ordre du jour, mais il serait raisonnable que la décision soit soumise à ce moment-là».

Alternatives

Selon l’élue, pas de doute : il faut tourner la page du contournement. «On ne peut plus défendre un tel projet qui fera augmenter les émissions de CO2 (de 50.000 tonnes de CO2 par an par rapport à la situation actuelle ndlr), alors que nous avons mis en place une ZFE, que la métropole souhaite réduire ses émissions CO2 de 70% d’ici 2050…»

Reste que les problèmes de circulations dans Rouen sont bien réels. Quid des autres options ? Il y en a, nous confirme-t-on. Il est notamment question d’un contournement ouest qui utiliserait des infrastructures existantes moyennant travaux, «mais ça ne répond pas à tous les trajets», précise Marie Atinault. «Il faut que nous aillions débat pour inventer une solution beaucoup plus efficiente. Cela passera par défendre de bonnes infrastructures ferroviaires, et par le développement de logistique du dernier kilomètre», indique l’élue.

L'Etat, qui souhaite engager la procédure de désignation du concessionnaire, peut encore  toujours geler son apport financier. Mais prudent, celui-ci avait fait savoir, en décembre dernier, qu’il ne s’opposerait pas à la volonté locale. Pour l’heure, la région et le département semblent avoir le public de leur côté. Selon une enquête d'opinion de BVA le projet est soutenu par 80 % de la population de la métropole.