L’industrie aéronautique se taille un Corsia sur mesure

Le 02 juillet 2020 par Victor Miget
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OACI
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L'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI) a modifié, le 1er juillet, les règles du système de compensation des émissions de carbone CORSIA. Cette décision n’est pas du goût des ONG.

 

Corsia, seul mécanisme mondial à limiter les émissions de CO2 de l'aviation, vient d’être édulcoré par les 36 membres du conseil de l’OACI dans une décision unilatérale.

Changer les règles ? Facile

Ce programme de compensation devait être mis en œuvre à partir de l'année prochaine. L’objectif est d’atteindre une croissance neutre en carbone pour le secteur à partir de 2021, en prenant comme référence la moyenne des émissions de l'aviation en 2019 et 2020.

Problème : la pandémie est passée par là. «L’impact de la COVID-19, qui réduit de façon significative les opérations aériennes internationales, le trafic et les émissions (de CO2 ndlr) en 2020, devrait entraîner une baisse importante de la base de référence Corsia, calculée sur la moyenne des émissions du secteur en 2019 et 2020. », s’inquiétait l’Association internationale du transport aérien (IATA) dans un communiqué. Avis partagé par l’OACI pour qui, le maintien de 2020 comme année  de référence «créerait une charge économique inappropriée pour les exploitants d'avions, en raison de la nécessité de compenser plus, bien qu'ils volent moins et génèrent moins d'émissions».

En toute logique, l’organisation onusienne a décidé de ramener l’année de référence à 2019 : les émissions étaient plus élevées. Une façon d’alléger «un fardeau économique pour le secteur de l’aviation au cours de la phase pilote de mise en œuvre du Corsia entre 2021 et 2023 », a-t-elle justifié.

Un marché déstabilisé ?

Cette décision n’est pas du goût des militants écologistes, qui y voient une occasion manquée de rehausser les ambitions du mécanisme. «L'industrie de l'aviation se sert de la crise du coronavirus pour diluer les réglementations environnementales, comme l'a montré l'OACI.», estime l'ONG environnementale «Stay Grounded».

Selon Anne Petsonk, conseillère internationale de l'ONG américaine Environmental Defence Fund (EDF), la décision de l'OACI signifie que, si les émissions globales de gaz à effet de serre du secteur ne dépassent pas les niveaux de 2019 dans les années à venir - une possibilité compte tenu de l'évolution des modes de travail et de voyage post-Covid - cela exempterait les compagnies aériennes de « toute obligation de compensation ou de réduction de carbone ».

De l’avis d’Anne Petsonk, ce rabotage est un mauvais calcul. Le Conseil de l'OACI n’a pas consulté ses 193 États membres avant de prendre sa décision. Ce qui pourrait conduire les gouvernements à imposer leurs propres normes. «La décision d'aujourd'hui laisse le champ libre aux gouvernements - aux niveaux local, étatique et national - pour obliger les compagnies aériennes à intégrer l'action climatique dans leur reprise économique », explique la juriste. « Cela pourrait laisser l'industrie face à la mosaïque de réglementations qu'elle redoute. »