En 50 ans, l'Europe a perdu ses poissons migrateurs

Le 28 juillet 2020 par Stéphanie Senet
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21 espèces d'esturgeon sur 25 sont menacées
21 espèces d'esturgeon sur 25 sont menacées
Aquarium La Rochelle

Les populations de poissons migrateurs en eau douce ont décliné de 76% au niveau mondial entre 1970 et 2016, selon la première étude globale publiée ce 28 juillet.

Régions tropicales ou tempérées. Pays développés ou émergents. Toutes les zones sont touchées par un déclin généralisé des poissons migrateurs, selon cette étude basée sur le Living Planet Index (IPV) qui s’intéresse à 1.406 populations relevant de 247 espèces. C’est la première fois qu’un résultat aussi important est documenté au niveau mondial : le déclin s’élève à 76% des populations en cinquante ans. Soit 3% par an.

Déclin massif en Europe

Avec des records atteints en Europe (93% des espèces ont disparu principalement à cause des nombreux ouvrages) ainsi qu’en Amérique latine et dans les Caraïbes (-84%). En comparaison, l’Amérique du Nord paraît quasi indemne (-28%) sans doute à cause de la suppression de barrages et de la restauration des habitats. En réalité, le déclin mondial est sans doute encore plus élevé, «en raison de données insuffisantes dans les régions tropicales, en Amérique du Sud, Afrique, Asie et Océanie», selon Stefanie Deinet, coordinatrice de l’étude à la Société zoologique de Londres.

Habitats altérés et surpêche

Les poissons migrateurs sont surtout affectés par la dégradation, l’altération et la disparition de leurs habitats. Ce phénomène représente la moitié des menaces. Leur surexploitation arrive en deuxième position, avec un tiers des pressions. D’ailleurs, les espèces faisant l’objet d’une règlementation protectrice ont moins diminué que les autres, surtout lorsqu’il s’agit de restrictions ou de fermetures de pêcheries. En nombre d’espèces, plus de la moitié des poissons d’eau douce ont décliné (56%), les autres ayant progressé.

Pour le reste, leur cycle de vie est aussi perturbé par les barrages et autres infrastructures fluviales, par le changement climatique qui ajoute des pressions sur les habitats, et par la pollution, le stress thermique et les espèces invasives.

Les espèces potamodromes, qui migrent exclusivement en eau douce, s’avèrent par ailleurs plus touchées (-83%) que les espèces diadromes qui évoluent à la fois en eau douce et en eau de mer (-73%).

Les esturgeons particulièrement touchés

Les esturgeons, dont le taux de croissance est très lent, ont davantage de mal à s’adapter à ces changements de milieux, ce qui les rend particulièrement vulnérables. Selon l’UICN[1], 21 des 25 espèces sont menacées, dont 16 sont classées en danger critique d’extinction. Ils sont surtout touchés par la surpêche (pour leurs œufs), la dégradation de leurs habitats et la pollution. Ils sont en particulier sensibles à la présence de barrages, qui bloquent leur migration jusqu’aux frayères et aires d’alimentation dans les deltas.

 



[1] Union internationale de conservation de la nature