L’essence sans plomb, traitement contre l’ostéoporose?

Le 12 novembre 2020 par Romain Loury
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Moins de fractures ostéoporotiques: merci le sans-plomb?
Moins de fractures ostéoporotiques: merci le sans-plomb?
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Depuis plusieurs décennies, le risque de fracture de la hanche ne cesse de diminuer chez les personnes âgées. Selon un article publié lundi 9 novembre dans la revue JAMA Internal Medicine, ce phénomène, en partie liée à la baisse du tabagisme, pourrait aussi s’expliquer par une moindre exposition au plomb.

Phénomène observé aussi bien en Amérique du Nord, en Europe qu’en Océanie (mais aussi à Taïwan et Hong Kong), les fractures de la hanche tendent à se raréfier chez les personnes âgées. Publiée en juillet dans JAMA Internal Medicine, une étude américaine, menée sur la cohorte Framingham Heart Study, révèle que l’incidence a chuté de 4,4% par an entre 1970 et 2010. L’évolution est spectaculaire: pour 100.000 personnes âgées de 85 à 89 ans, on comptait 2.018 cas de fracture de la hanche en 1970, mais plus que 759 cas en 2010 -soit près de trois fois moins.

Comment expliquer ce phénomène? Comme l’a montre l’étude de juillet, la baisse du tabagisme -de 38% de la population étatsunienne en 1970 à 15% en 2010-, est l’une des causes principales. Mais ce n’est pas la seule: chez les non-fumeurs, l’incidence de fracture de la hanche a aussi baissé, de 3,2% par an sur la même période.

Si les traitements préventifs de la classe des bisphosphonates ont eu un effet, le premier d’entre eux n’a été commercialisé qu’en 1995, alors que la baisse d’incidence a débuté dès 1975. De même, d’autres facteurs de risque d’ostéoporose (faible poids, obésité, âge à la ménopause) ne permettent pas d’expliquer cette évolution. Quant aux traitements hormonaux de substitution (THS), ils ont peut-être eu un effet positif chez les femmes, mais la baisse est aussi observée chez les hommes.

Aux Etats-Unis, l’essence plombée interdite en 1975

Dans un commentaire de cette étude, publié lundi 9 novembre, Esme Fuller-Thompson et Amy Monroe, deux chercheuses de l’université de Toronto (Ontario), avancent une explication très crédible: la forte baisse de l’exposition au plomb, en grande partie liée à son interdiction dans l’essence, dès 1975 aux Etats-Unis.

S’appuyant sur divers travaux de biosurveillance, les chercheuses rappellent que la teneur sanguine moyenne en plomb était 15 fois plus élevée dans les années 1970 qu’elle ne l’est de nos jours. A la fin des années 1980, elle n’était plus que trois plus élevée que la plombémie moyenne actuelle.

Le plomb, chimiquement analogue au calcium, a comme propriété de se fixer dans les os et les dents, où il peut demeurer des décennies. Or des études menées chez l’animal et l’homme ont montré que la présence de plomb dans les os diminue la présence de cellules de formation des os (les ostéoblastes), favorisant celles détruisant l’os (les ostéoclastes). En résulte une ostéoporose, c’est-à-dire une baisse de la densité osseuse, qui favorise la fracture en cas de chute.

Fait intéressant, non relevé par les deux chercheuses, la baisse d’incidence est survenue en Europe bien plus tard qu’aux Etats-Unis: le pic d’incidence est survenu en 1999 chez les femmes, en 2000 chez les hommes, selon une étude publiée en juin 2017 dans Nature. Or contrairement aux Etats-Unis, l’Europe a d’abord opté pour une réduction progressive du plomb, avant une prohibition prévue en 1998 par les directives 98/69 et 98/70. En France, la première essence sans plomb a été commercialisée en 1990, tandis que la substitution totale a eu lieu en janvier 2000.