L’économie circulaire du CO2 prend forme

Le 29 octobre 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les hauts fourneaux ThyssenKrupp de Duisbourg.
Les hauts fourneaux ThyssenKrupp de Duisbourg.
ThyssenKrupp

L’industrie commence à considérer le CO2 indésirable comme une matière première de choix. Les premières applications ne devraient plus tarder à apparaître sur le marché.

Jusqu’à présent, l’industrie lourde n’avait pas trop de solution pour réduire sensiblement son bilan carbone. Raffineurs, cimentiers, électriciens ou chimistes peuvent capter le CO2 de leurs effluents gazeux et l’injecter dans des structures géologiques étanches. C’est ce que l’on appelle le captage-stockage de carbone (CSC). Utilisé depuis plusieurs décennies par quelques compagnies pétrolières, cette technologie n’a pas connu le développement attendu. Trop chère et pas assez soutenue financièrement, semble-t-il.

Avec le renforcement en cours des politiques climatiques nationales et de nombreuses multinationales, le CSC refait surface, notamment en Norvège et au Royaume-Uni. Elle n’apparaît toutefois plus comme l’unique solution proposée aux industriels qui peinent à se passer des énergies fossiles.

nourrir les plantes

De nombreuses expériences de recyclage du CO2 industriel commencent à donner des résultats. L’une des plus médiatisées est sans nul doute celle de Climeworks. Cette spin-off de l’Ecole fédérale polytechnique de Zurich (ETHZ) propose d’installer des aspirateurs à carbone, comparable à celui qu’elle teste en Suisse, en Islande et en Italie. Ces installations captent le gaz carbonique de l’atmosphère; gaz qu’il est ensuite possible de réutiliser: en nutriment de plantes (dans une serre) ou en gaz alimentaire. La technique helvétique reste décriée. Notamment par le fait qu’elle consomme beaucoup d’énergie à capter de teneurs très faibles de gaz carbonique : l’air ne contient que 0,04% de dioxyde de carbone.

bases pour la chimie

Les rendements peuvent être très supérieurs en travaillant sur des effluents très riches en gaz carbonique. C’est le pari de Thyssen-Krupp. Le sidérurgiste allemand teste un prototype de capteur-convertisseur. Mis en service dans l’usine sidérurgique de Duisbourg, cette installation capte le CO2. Débarrassé de ses impuretés, le gaz est ensuite utilisé pour produire de l’ammoniac et du méthanol, des bases pour la production de produits chimiques, de carburant, d’engrais, voire d’hydrogène. Séduit par ce projet, le ministère allemand de la recherche vient d’allouer 75 M€ pour financer de nouveaux essais de conversion de gaz carbonique en produits chimiques.

emballages recyclables

Ce recyclage du carbone intéresse de nombreux industriels. Le 27 octobre, les français Total et L’Oréal, associés à la compagnie néo-zélandaise Lanzatech ont annoncé la création d’un flacon de shampoing en résine plastique fabriqué à partir de CO2 industriel. Capté à la cheminée d’une aciérie, le gaz carbonique passe dans un bioréacteur, conçu par Lanzatech, où des bactéries le transforment en méthanol. Cette matière première est ensuite transformée par le pétrolier français en éthylène, avant d’être transformé en polyéthylène, une résine plastique utilisable par le fabricant de cosmétiques pour réaliser des emballages. Des flacons potentiellement recyclables.

écologie industrielle

L’économie circulaire du carbone peut être l’ossature de véritable projet d’écologie industrielle. Le 21 octobre, 10 industriels (dont Engie, Mitsubishi, Fluxys) ont officiellement lancé le projet North-C-Methanol. Situé dans le port de Gand (Belgique), il vise à capter le CO2 émis par les hauts fourneaux d’ArcelorMittal. Ce CO2 servira à fabriquer 45.000 tonnes de méthanol par an. Une base pour la production de méthylamines (entrant dans la composition de détergents, médicaments), de biodiesel, formaldéhyde (colles, peintures) et d’acide acétique (chimie).

Plus expérimental, Eiffage cherche à réutiliser le gaz carbonique émis par ses fours à chaux pour recarbonater les bétons issus de la déconstruction d’immeubles. Une solution qui, si elle s’avérait réaliste techniquement et économiquement, permettrait non seulement d’alléger les bilans carbone et déchets du groupe de BTP français. Un double dividende pas si fréquent au pays du carbone.