L’armée française présente un semblant de stratégie énergétique

Le 25 septembre 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le Rafale, un avion multirôle gourmand en carburant.
Le Rafale, un avion multirôle gourmand en carburant.
Dassault

Très gros consommateurs de produits pétroliers, l’armée de l’air, la marine, l’armée de terre et la gendarmerie s’essayent à la sobriété et au bas carbone. Il n’est pas dit que cela soit finalement très bénéfique pour le climat.

Si vis pacem para bellum. Si tu veux la paix, prépare la guerre. Une fois encore la devise de École supérieure de guerre s’applique. Cette fois, il ne s’agit pas de développer les armements de demain, mais de préparer les soldats à évoluer dans un futur réchauffé et moins carboné. En déplacement au centre de soutien logistique du service des essences des Armées à Montereau (77), la ministre des Armées a présenté, ce vendredi 25 septembre, la nouvelle stratégie énergétique de défense.

10 TWh par an

Le sujet n’a rien d’anodin. «Les armées consomment plus de 10 TWh d’énergie finale par an», rappelait, jeudi l24 septembre, le Contrôleur général des armées (GCA) Sylvain Mattiucci. L’aviation engloutit plus de la moitié de ce total, devant les bâtiments (27%), la marine (14%) et les véhicules de l’armée de terre (7%).

Selon nos calculs, le bilan carbone des quatre armes pourrait être supérieur aux 2,5 millions de tonnes équivalent CO2 (MtéqCO2). Le montant de la facture énergétique annuelle dépasse, elle, les 660 M€. Important. D’autant que l’essentiel de cette énergie est d’origine pétrolière «dont les dernières zones de production seront localisées dans des foyers de crise», a rappelé la ministre, Florence Parly.

Initiée par un groupe de travail constitué en 2019, la stratégie énergétique des armées vise aussi à réduire l’empreinte carbone des femmes et des hommes en vert. Au final, elle se décline en trois principes: consommer moins, mieux et sûr.

changer les chaudières

Les casernes, immeubles de bureaux et de logements seront équipés, à partir de l’année prochaine, d’un système de métrologie de l’énergie: Data NRJ 360. De quoi  faciliter le contrôle des consommations et l’élaboration d’actions d’économie d’énergie.

D’ici à 2031, les 1.600 chaudières au charbon et au fioul auront été remplacées. «Nous y consacrerons 80 millions d’euros d’ici 2025», indique Florence Parly. Le plan de relance pourrait apporter une partie de cet investissement, qui ravira aussi les exploitants de réseaux de chaleur urbains. Voilà pour l’acquis.

Pour le reste, on tâtonne encore. La direction générale de l’armement et Elyo Cofely mettent la dernière main à un système de production d’électricité photovoltaïque capables d’approvisionner en eau et en électricité les cantonnements opérationnels. Le prototype de cet «éco-camp» a été testé à Djibouti. Il pourrait servir à la conception de modules d’autoconsommation dans certaines bases de défense.

Depuis quelques semaines, la petite garnison des îles Glorieuses génère son électricité grâce à un système hybride combinant photovoltaïque, production d’hydrogène, pile à combustible et batterie. Rien ne dit que ce dispositif, conçu par Powidian, équipera d’autres unités. Au total, le ministère des Armées consacrera 60 M€ au développement projets énergétiques innovants dans les 5 prochaines années.

tardive relève

Certifiés pour consommer des carburants synthétiques, les blindés, aéronefs et navires de combat en service devraient laisser la place à des successeurs plus sobres. «Les travaux de R&D avec nos partenaires allemands, sur le pilier propulsion du char de combat du futur et sur le pilier moteur de l’avion de combat du futur», confirme Florence Parly. Reste que les remplaçants du Leclerc et du Rafale débuteront leur vie opérationnelle vers 2040. Les biffins de cette époque porteront, peut-être, de mini piles à combustibles pour alimenter systèmes de visées, de positionnement et de communication.

Que faire en attendant? De petites économies. Les aviateurs sont ainsi appelés à utiliser plus souvent le simulateur pour l’entraînement. Les responsables des quatre armes vont aussi accroître leurs achats de véhicules à basse émission.

Le solaire devrait se déployer sur de nombreux sites. Occupant 200.000 hectares, les armées sont l’un des plus grands propriétaires fonciers de l’Hexagone. Cette surface fait rêver les développeurs de fermes solaires. La base aérienne de Creil devrait ainsi accueillir l'une des plus importantes centrale solaide de France. Elle ne sera pas la seule. D’ici à 2022, le ministère des Armées mettra à leur disposition 2.000 hectares, moyennant une petite redevance. Ces centrales photovoltaïques devraient générer une quinzaine de millions d’euros par an de recettes pour les Armées. Toujours bon à prendre.

toujours plus de carburants
On l’aura compris, l’armée de l’air, la marine, l’armée de terre et la gendarmerie optimisent leur consommation. Il n’est pas dit que cela se remarque beaucoup. Avec l’arrivée de nouveaux avions et de nouveaux bateaux, les troupes de Florence Parly vont consommer toujours plus de carburéacteurs et d’essence. D’ici à 2025, le service de l'énergie opérationnelle (ex-service des essences) devra accroître de 60.000 m3 ses capacités de stockage. 14 M€ ont déjà été affectés à ce projet. Quelques dizaines de milliers de tonnes de CO2 supplémentaires en perspective.