L’Allemagne interdit le broyage des poussins mâles

Le 21 janvier 2021 par Stéphanie Senet
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
45 millions de poussins sont broyés chaque année outre-Rhin
45 millions de poussins sont broyés chaque année outre-Rhin

Au nom du bien-être animal, le gouvernement allemand a adopté, le 20 janvier, un projet de loi visant à interdire le broyage des poussins mâles en 2022. Une pratique qui pourrait être prohibée en France à la même échéance.

«Nous sommes les premiers au monde à prendre des mesures aussi claires», s’est félicitée la ministre de l’agriculture Julia Klöckner. Alors que 45 millions de poussins mâles sont tués après leur éclosion, chaque année outre-Rhin, par manque de rentabilité économique, la ministre a affirmé que c’était «la fin d’une pratique contraire à l’éthique » et « une avancée significative pour le bien-être des animaux».

Une mesure populaire

Le gouvernement d’Angela Merkel a l’opinion publique avec lui puisque 59% des Allemands estiment que le bien-être animal est une question importante ou très importante lors du choix d’un candidat aux élections locales ou nationales, selon un sondage réalisé en 2019 par l’association PETA.

Technique de sexage obligatoire

Le texte, qui devrait être approuvé sans difficultés par le Parlement, prévoit le remplacement du broyage par l’utilisation d’une technique de sexage, qui permet de connaître le sexe de l’embryon avant l’éclosion de l’œuf. Ces technologies existent déjà, dont celle de l’entreprise allemande Seleggt qui permet de déterminer le sexe dès le 9ème jour d’incubation.

Dès le 6ème jour d’incubation en 2024

Concrètement, un bras robotisé pointe un laser sur la coquille et y perce un trou de 0,3 millimètre de diamètre pour y prélever, dans une pipette, une goutte de liquide allantoïde. Une goutte de réactif plus tard, le robot peut déterminer si l’œuf contient de l’estrone sulfate. Dans l’affirmative, il donnera naissance à un poussin femelle. Une opération qui ne comporte aucun risque pour le développement de l’œuf. Les Allemands espèrent que les nouvelles technologies permettront même, dès 2024, de connaître le sexe de l’embryon avant le 6ème jour d’incubation, pour améliorer davantage le bien-être des animaux.

Un raté en 2013

Ce projet de loi n’est pas tout à fait une première. En 2013 déjà, le Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie avait essayé d’interdire ce broyage mais il avait été bloqué par le recours judiciaire de deux élevages. En juin 2019, la plus haute juridiction administrative allemande avait rouvert la porte en demandant à la filière avicole d’envisager la fin de cette pratique d’ici au déploiement à grande échelle des techniques de sexage.

Colère des industriels

Sans surprise, la Fédération allemande des volailles déplore «d’immenses désavantages concurrentiels au sein de l’UE pour l’industrie avicole nationale». De leur côté, les associations de défense des animaux ont salué «une bonne nouvelle» qui reste toutefois «symbolique». Elles estiment qu’il faut davantage s’attaquer au modèle productiviste d’élevage et interdire la suppression des œufs jugés «improductifs». «Si vous voulez le bien-être des animaux, vous devez mettre un terme au cruel élevage intensif des animaux», a déclaré le président de l’association de consommateurs Foodwatch, Martin Rücker.

Bientôt en France ?

En France, l’ancien ministre de l’agriculture Didier Guillaume avait annoncé, en janvier 2020, la fin du broyage des poussins mâles d’ici à la fin 2021. Mais aucune mesure législative ou règlementaire n’a encore été prise. Cette technique est par ailleurs interdite en Suisse où l’abattage des poussins par asphyxie au dioxyde de carbone reste autorisé.