L’AIE propose son scénario de relance sobre

Le 18 juin 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'AIE recommande d'allonger la durée de vie des centrales nucléaires.
L'AIE recommande d'allonger la durée de vie des centrales nucléaires.
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Pour engager l’économie du monde d’après sur la voie de la décarbonation, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) propose au gouvernement d’investir dans des actions bas carbone réalistes et créatrices d’emplois.

Près de 9.000 milliards de dollars. C’est le montant total des aides consenties par les gouvernements, les banques centrales et multilatérales à la relance de l’économie mondiale. Difficile de s’y retrouver dans ce fatras de subventions, de garanties d’emprunts ou de dons, consentis avec plus ou moins de conditions.

Pas facile, non plus, d’imaginer à quoi ressemblera notre société ainsi perfusée. Fatih Birol ne se pose pas la question. Pour le directeur exécutif de l’agence internationale de l’énergie (AIE), il ne faut pas gâcher cette crise. «Les gouvernements ont une opportunité telle qu'on n'en rencontre qu'une fois dans la vie de relancer leurs économies et l'emploi tout en accélérant le passage vers un futur énergétique plus résilient et plus propre», estime l’économiste turc.

300 millions de chômeurs

Arrêt de l’économie et disponibilité illimitée de capitaux offrent la plus grande opportunité de décarboner nos économies. Ce jeudi 18 juin, la boîte à idées énergétiques de l’OCDE a publié ses recommandations pour faire de cette relance un grand bond en avant vers la transition énergétique. Objectifs: investir dans des actions bas carbone, créatrices d’emplois et d’infrastructures résilientes. Les analystes de l’AIE estiment que 300 millions de salariés, dans le monde, ont perdu leur job, ces dernières semaines.

Dans leur rapport, les experts basés à Paris privilégient le plus facile à réaliser au détriment du plus audacieux. L’idée n’est pas de s’engager dans une trajectoire visant à stabiliser le réchauffement à 1,5 °C, mais de fournir les propositions qui pourront être reprises par les prochains plans de relance. Le gouvernement français doit présenter le sien au mois de septembre. «On ne leur montre pas ce qu'ils doivent faire mais ce qu'ils peuvent faire», résume Fatih Birol.

allonger la durée de vie des centrales

Soulignant l’ancienneté de la plupart des centrales hydroélectriques et nucléaires, l’AIE estime que les énergéticiens pourraient engager des plans de modernisation. «Si l’on n’allonge pas leur durée de vie, près de 40% du parc nucléaire des pays les plus avancés devront être arrêtées d’ici à 2030», souligne l’AIE.

Electricité toujours, l’AIE plaide en faveur de la mise à niveau des réseaux de transports et de distribution. En réduisant les pertes en ligne, ces travaux pourraient réduire de 5% les pertes d’énergie, évitant ainsi l’émission de 400 MtCO2/an. Des réseaux plus modernes favoriseraient aussi l’intégration des énergies intermittente. De quoi accroître de 130 GW la capacité des parcs éoliens et solaires entre 2021 et 2023 !

Ne pas tout miser sur la voiture électrique

Côté transport, le rapport milite pour un développement des lignes de trains à grande vitesse. De quoi remplacer 20% des vols court courrier nord-américains, 10% des Européens et 8% des liaisons aériennes de l’Asie-Pacifique.

L’instauration de mesures normatives suffirait à accélérer le renouvellement des flottes de voitures. Sans forcément tout miser sur l’électrique. «Remplacer une voiture de 10 ans d’âge par un véhicule hybride diminue de 40%, dans certaines régions, le bilan carbone», jusitifie l’AIE.

Le poids lourd du plan est évidemment la rénovation des logements. Celle-ci permettrait de créer une dizaine de millions d’emplois en trois ans et d’alléger d’une vingtaine de pourcents l’empreinte carbone du chauffage.

supprimer les subventions aux fossiles

En investissant 1.000 milliards de dollars par an, ces trois prochaines années, dans des technologies énergétiques sobres, l’AIE estime que l’on pourrait tout à la fois créer une trentaine de millions d’emplois, éviter l’émission de 4,5 milliards de tonnes de gaz à effet de serre et de faire baisser d’environ 5% la pollution de l’air urbain.

Des idées pour financer pareil effort? Commencez par supprimer les subventions à la consommation des énergies fossiles, conseillent, une fois encore, les rapports de l'AIE. En 2019, ces aides publiques se sont élevées à 320 milliards de dollars. Le tiers du montant du devis.