L’agriculture met la biodiversité à l’étroit

Le 22 décembre 2020 par Romain Loury
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L'agriculture, source majeure de déforestation
L'agriculture, source majeure de déforestation

Près de 90% des espèces devraient voir leur habitat réduit en 2050 en raison de l’expansion agricole, si rien n’est fait pour réformer le système alimentaire, révèle une étude publiée lundi 21 décembre dans Nature Sustainability.

Menace pour le climat, notre système agroalimentaire en constitue aussi une de premier plan pour la biodiversité. Du fait de l’accroissement démographique et de la hausse du niveau de vie dans les pays émergents, la situation pourrait empirer.

Dans leur étude publiée lundi 21 décembre, David Williams, écologue à l’université de Leeds (Royaume-Uni), et ses collègues révèlent que 87,7% des espèces de mammifères, d’oiseaux et d’amphibiens, parmi les 19.859 qu’ils ont analysées, pourraient voir leur habitat réduit par l’extension des terres agricoles.

Selon les chercheurs, le maintien du même système agro-alimentaire devrait entraîner la conversion agricole de 3,35 millions de km2 d’espaces naturels d’ici à 2050, soit une hausse de 26% par rapport à 2010. Pour les espèces concernées par cette poussée agricole, l’habitat devrait diminuer en moyenne de 6,7% par rapport à leur surface actuelle. Environ 6,5% de ces espèces devraient même perdre plus de 25% de leur habitat.

La biodiversité africaine est la plus menacée

Sans surprise, c’est dans les régions tropicales, celles où la biodiversité est la plus élevée et où la poussée agricole est la plus forte, que les impacts seront les plus marqués: la forêt atlantique du Brésil, l’est de l’Argentine, les Caraïbes, l’Amérique centrale, mais surtout l’Afrique subsaharienne, où les espèces devraient perdre en moyenne 14,7% de leur habitat.

Seule solution, revoir de fond en comble le système agro-alimentaire, par une amélioration des rendements notamment en Afrique, l’adoption de régimes plus sains (moins chargés en viande), une nette diminution du gaspillage alimentaire et une conversion agricole tenant compte de la biodiversité.

Si de telles mesures étaient mises en place, les Terriens pourraient se nourrir avec 3,4 millions de km2 de terres agricoles en moins qu’en 2010 -soit -27%. Ce qui signifierait un gain net d’habitat pour ces espèces, du moins si les terres abandonnées étaient rendues à l’état naturel.