L’afforestation, outil climatique surestimé

Le 23 juin 2020 par Romain Loury
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Pour le climat, rien de tel que la protection des forêts naturelles
Pour le climat, rien de tel que la protection des forêts naturelles
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Parfois présentée comme la solution miracle pour éponger les gaz à effet de serre, l’afforestation n’est pas toujours un puits de carbone des plus efficaces. Selon une étude publiée lundi 22 juin dans Nature Sustainability, les vastes monoplantations chinoises n’ont eu qu’un effet modeste, parfois contre-productif, sur le stockage de carbone dans les sols.

S’il est aisé d’évaluer la quantité de carbone stockée dans un arbre, il est bien plus compliqué de mesurer celle, bien plus importante, présente dans le sol. Pour y parvenir, les scientifiques recourent le plus souvent à un taux fixe liant biomasse végétale et carbone dans le sol. Et ce selon l’idée sous-jacente que le taux de carbone dans le sol s’élève proportionnellement à la couverture arborée.

Or tout porte à croire que ce lien dépend fortement de l’espèce d’arbre, du climat, de la nature du sol ainsi que de sa composition –notamment en azote. Ce que confirme l’équipe d’Anping Chen, écologue à l’université d’Etat du Colorado à Fort Collins, qui a mesuré la teneur carbonée dans des échantillons de sols de 619 sites ‘afforestés’ chinois, comparés à 163 sites contrôles, non modifiés.

L’afforestation, passion chinoise

Leur objectif était d’évaluer l’efficacité du programme chinois d’afforestation, le plus important au monde: depuis la fin des années 1970, pas moins de 120.000 km2 de forêts, le plus souvent en monoplantation, ont été plantées dans le nord du pays, dans l’objectif d’empêcher l’importante érosion des terres qui frappe le pays, et plus récemment d’atténuer ses émissions de gaz à effet de serre.

L’étude confirme que, pour ce qui est du stockage de carbone dans les sols, les résultats sont assez modestes. Selon l’extrapolation menée par les chercheurs à l’ensemble du nord de la Chine, l’afforestation n’aurait permis de stocker que 6,9 millions de tonnes de carbone par an (MtC/an), ce qui ne constitue qu’entre 2,7% et 3,6% de l’ensemble du carbone absorbé chaque année par les milieux terrestres chinois.

Une stratégie payante uniquement sur un sol pauvre

Les raisons de ce semi-échec sont simples: sur un sol initialement pauvre en carbone, l’afforestation permet certes d’accroître le stock, mais principalement dans la couche de surface, là où le carbone réside le moins longtemps. A l’inverse, planter des arbres sur un sol riche en carbone conduit à l’appauvrir fortement, surtout  dans les couches profondes, qui constituent le stock le plus précieux, car le plus stable.

«Le potentiel estimé d’un puits de carbone suite à l’afforestation fait souvent l’objet d’évaluations trop optimistes, si on ne tient pas compte des stocks préexistants de carbone ou des effets potentiellement négatifs de la plantation d’arbres. Par ailleurs, nos résultats indiquent que recourir à un taux fixe entre le carbone présent dans la biomasse et celui stocké dans le sol, comme il est pratiqué dans de nombreuses études, n’est pas une méthode fiable», commentent les auteurs.

Une étude suisse de nouveau mise en cause

Selon Anping Chen, «les gens doivent comprendre que l’afforestation n’est pas une pratique simple. Elle pose de nombreuses questions techniques, et exige la prise en compte de plusieurs facteurs. Elle ne pourra pas résoudre tous nos problèmes climatiques».

En toile de fond de sa critique, l’étude publiée en juillet 2019 par des chercheurs de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich, qui présentait l’afforestation comme une solution miracle. Selon les chercheurs suisses, il serait possible, en plantant 1,8 milliard d’hectares de forêt (en plus des 4,5 milliards d’hectares actuels), d’absorber jusqu’à 205 milliards de tonnes de carbone (GtC), soit deux tiers des 300 GtC émis par l’homme depuis la Révolution industrielle.

Ces travaux avaient fait l’objet de très vives critiques, en raison de leurs nombreuses approximations. Egalement dénoncé par plusieurs scientifiques, le message véhiculé par l’étude, qui conduisait à relativiser la nécessité de réduire nos émissions.

Au Chili, le bilan médiocre de l’afforestation. Entre 1974 et 2012, le Chili a largement subventionné l’afforestation, dans un but aussi bien environnemental qu’économique. Le bilan qu’en dresse l’équipe d’Eric Lambin, de l’université Stanford (Californie), n’est guère réjouissant: certes, les plantations d’arbres, souvent exotiques au pays, se sont multipliées, mais les forêts naturelles ont fortement régressé. Résultat, le stock de carbone dans la biomasse ne s’est accru que de 2% entre 1986 et 2011, tandis que la biodiversité végétale a fortement diminué.